Par Amar Naït Messaoud
L’un des grands défis qui ne cesse d’interpeller les gestionnaires de l’économie nationale et les autorités politiques du pays, est assurément la fonction de l’ « État-providence » telle qu’elle se décline dans la politique de soutien des prix et autres transferts sociaux.
Ces derniers ont dépassé les 15 milliards de dollars par an au cours de la dernière décennie, si l’on considère les subventions aux prix des produits dits de première nécessité (alimentation, gaz, eau, électricité…) et les autres composantes dédiées au dispositifs de l’emploi, du logement et de l’aide aux entreprises (dégrèvements fiscaux et bonification de crédits). Le budget de l’État supporte des dépenses sociales colossales que seule les recettes en hydrocarbures ont pu rendre possibles. Le Fonds monétaire international (FMI), dans une étude publiée jeudi dernier et dont un condensé a été répercuté par l’APS, juge que « les subventions énergétiques et alimentaires dans les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) sont coûteuses et inefficaces ». Le Fonds appelle à des réformes dans ce domaine, en « améliorant la transparence et la sensibilisation au coût des subventions et en mettant en place des dispositifs efficients de protection sociale ». Indubitablement, la typologie algérienne des subventions des prix des produits stratégiques ne répond à aucune rationalité du fait qu’elle n’est pas assise sur une connaissance exacte de la population qu’elle cible. Initialement, et selon le principe de la justice sociale, ces subventions sont destinées aux ménages et personnes les plus démunis. Qu’en est-il exactement ? Tous les Algériens accèdent aux produits subventionnés, du ministre et député jusqu’au chômeur de la bourgade. La règle arithmétique est connue: un facteur, lorsqu’il devient commun à l’ensemble de la population, voit ses effets neutralisés. C’est pourquoi l’idée a germé dernièrement dans les instances du gouvernement pour initier la carte des nécessiteux faisant ouvrir droit à certaines subventions. Le problème est d’autant plus complexe que le soutien des prix ne touche pas uniquement l’alimentation; il s’étend à l’essence, au mazout et à l’électricité. Se rend-on compte des gaspillages que cela engendre, particulièrement en ces moments de chaleur où la plupart des ménages ont mis leur climatisation en marche? Les rues algériennes encombrées par les véhicules, au point de ne pas permettre à une ambulance transportant un malade agonisant de se frayer un chemin vers l’hôpital, ne seraient pas aussi infréquentables, si des jeunes, profitant du prix modique du carburant, ne se mettaient pas à flâner avec leur véhicule sans aucune nécessité. Le soutien au prix du mazout devrait normalement profiter aux secteurs productifs (tracteurs agricoles, transporteurs publics), et les subventions à l’électricité devraient aller aux populations du Sud qui vivent sous 50° de chaleur. Ce sont là des bribes de « débats » qui ont été traités des centaines de fois dans les ministères et les rédactions de journaux, sans qu’aucune solution raisonnable et judicieuse ne s’impose sur le terrain. Le problème ne se limite pas au gaspillage. Les subventions par lesquelles le gouvernement a compté « réparer » des injustices ou des disparités sociales, ont souvent aggravé ces dernières. « Les subventions profitent aux pauvres dans une certaine mesure, mais les riches en sont les principaux bénéficiaires car ils consomment davantage de biens subventionnés, en particulier les produits énergétiques », constate le FMI. Il explique que, en faussant les prix des produits, les subventions incitent à la surconsommation et à la mauvaise affectation des ressources, tout en réduisant les ressources exportables. L’autoconsommation du gaz, avec son niveau actuel, donne des projections d’impossibilité d’exportation d’ici quelques années, si un surcroît de production ne vient pas suppléer à ce déficit. En outre, l’étude du FMI aborde le problème de la contrebande qui est largement favorisée par le soutien des prix. L’exemple algérien, dans ce domaine, est fort éloquent. L’hémorragie de la fuite des carburants vers le Maroc et la Tunisie est un exemple-type qui illustre cette dérive issue de la politique du soutien des prix. En outre, comme l’indique le FMI, le coût des subventions est « très élevé » et « ‘ce fardeau est de plus en plus difficile à supporter ». Ce constat qui s’adresse à toute la région MENA est particulièrement valable pour l’Algérie qui peine à diversifier sa production. Ces subventions sont tirées exclusivement de la rente pétrolière, ce qui constitue leur précarité et la fragilité de l’économie en général.
A.N.M.
