Takorabt, entre un passé glorieux et un présent morne

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Il y a des villages qui, de prime abord, donnent une vue de simples pâtés de maisons où l’on ne soupçonne rien d’important. Pourtant, les hommes, les murs et les vestiges sont là pour témoigner d’un passé glorieux, aux mille et une histoire. L’exemple concerne le village de Takorabt, situé à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu communal d’Ighil Ali. Beaucoup a été dit sur l’appellation de ce village, qui compte plus de 1 200 habitants. En effet, des récits historiques racontent que « Takorabt était le point du départ de la fondation d’El Kelâa N’Ath Abbas, le mythique royaume bâti sur un grand rocher culminant à 1 200 mètres d’altitude, vers 1 510, par le sultan Ahmed Ben Abderrahmane qui a fui les Espagnols. Le sultan Abderrahmane (le père d’Ahmed) avait vécu dans le village de Takorabt, où il fut enterré dans un mausolée qui porte encore son nom. Ainsi, le nom de Takorabt vient de ce tombeau ». Takorabt, durant la guerre de libération, a payé un lourd tribut au colonialisme Français, où des villageois furent fusillés sans aucune forme de procès. Le village garde encore les stigmates d’un passé douloureux. Aujourd’hui, il a, bien évidemment, pansé ses blessures et se tourne vers l’avenir. Ce patelin est bordé à l’Est par les villages de Belayel et d’Ath S’raj, et à l’Ouest par les villages de Taourirt et Talesfsa. Takorabt compte un parc oléicole non négligeable qui constitue la source de revenue de beaucoup d’habitants, qui vivent de la vente de l’huile d’olive. Durant la campagne oléicole, les oliveraies sont « assiégées » par les habitants qui cueillissent des olives bien charnues. Les habitants de ce village sont très attachés aux coutumes et traditions des ancêtres, et continuent à officier dans la Tajmaât, (organisation sociale ancestrale), pour régler les différents problèmes de la cité. Le labourage avec les paires de bœufs, la célébration des différentes fêtes Amazighes (Yennayer, Amezwaru n tafsut, timechret, tiwizi,…) sont encore de mise et se trouvent bien ancrées dans les mœurs des villageois, qui ont décidé de vivre intelligemment avec la modernité sans pour autant renier les us et traditions des aïeux. Malgré les insuffisances constatées dans presque tous les volets, comme l’aménagement urbain, les loisirs, l’AEP, l’assainissement, etc., mais il y est fait bon de vivre quand même, avec ce décor de montagnes et de verdure. «C’est vrai qu’à Takorabt il y a beaucoup de carences, mais cela nous ne empêche pas d’y rester et de prendre la vie par le bon côté. Faut vraiment voir, pendant cette période estivale, les fêtes de mariage célébrées avec les tambourinaires qui créent une ambiance festive extraordinaire », nous dit un villageois. Il est vrai que le village Takorabt est très connu par ces tambourinaires (Idhebalen) qui sont très demandés dans la région des Ath Abbas, et même d’ailleurs pour célébrer les mariages traditionnels avec du bon couscous roulé à la main.

Syphax Y.

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