L’éternelle recherche du printemps

En son jardin sis sur la route de Souama, juste après l’embranchement vers Azazga, tout ravit le regard. C’est le jardin de M. Ferthat, tout le monde le contemple et nul ne s’étonne d’y trouver une nouveauté le lendemain. Loin de se contenter de faire fleurir ses fleurs dont le parfum se répand sur tout le voisinage et d’achalander sa petite parcelle de terrain sise le long de la route goudronnée menant vers Souama, loin de se satisfaire de voir ses arbres fruitiers s’orner de fleurs de toutes les couleurs et de fruits en toutes saisons, Ferhat met en activité une imagination fertile qui associe le ciment, le sable, l’eau (les trois éléments de tout maçon qui se respecte) aux bouts de bois transformés pour l’occasion (menuiserie quand tu nous tiens !) et à tous les matériaux susceptibles de satisfaire sa soif de créativité, une créativité sans limites et se fondant dans le décor forestier environnant. Et ces matériaux vont de la portière d’une vieille voiture qui a retrouvé des couleurs nouvelles à une roue de moto qui n’en est plus une, selon la transformation décidée, sans oublier qu’un mannequin aux formes reconnaissables orné d’un chapeau militaire (allusion aux moudjahidin) a trouvé sa place dans ce milieu enchanteur. Personne ne s’étonne plus de le voir passer, chaque soir, poussant une brouette qui n’en a plus que le nom, dont les pieds de support ont bénéficié de l’adjonction de deux roues bien solides et bien agencées qui lui évitent de supporter le poids des barils d’eau potable et dont la roue avant a vu l’installation d’une dynamo et d’un beau phare de moto qui lui permet de s’éclairer tout en circulant. Quant au jardin de Monsieur Ferhat, l’on peut dire qu’il est bien singulier. Maçon de formation, les murs séparant les carrés ont pris toutes les formes imaginables et même celles auxquelles personne n’aurait jamais pensé. Sa maîtrise du béton lui a permis de présenter aux regards ébahis une jolie fontaine bien décorée et toute en peinture, avec une tête de lion qui fixe les passants de son regard félin et dominateur. Même la flore la plus originale est représentée et une fleur de tournesol vous observe de ses pétales multicolores tandis que vous passez le long de la haie. Les rangées sont bien disposées et les travées sont voulues rectilignes. Chaque brique est disposée de manière à épouser des formes dont la rectitude asymétrique fait le plaisir des regards et le tout, dans un capharnaüm de couleurs choisies d’une manière sélective en fonction de la plante choisie pour ce carré et rien que pour ce carré. Et les briques sont recouvertes d’un couche de peinture de toutes les couleurs répondant aux exigences de cette imagination fertile et satisfaisant à une soif de décoration qui n’en finit pas de s’extérioriser. M. Ferhat ayant bénéficié d’une formation en boulangerie, l’on se rend compte que les formes que le pétrisseur donne amoureusement à la pâte se retrouvent à travers les coupes figées sur les troncs d’arbres. Comment considérer cette fenêtre, semblant attendre que l’on en ouvre les battants, ornant ce mur de pierres taillées et peintes qui sépare en deux une parcelle plantée d’oignons d’un côté et d’ail de l’autre ? Et ce tronc d’arbre dont les branches prennent, par biseau interposé et avec un art architectural consommé, des formes bizarres aux couleurs chatoyantes ? Pourquoi M. Ferhat s’occupe ainsi de son jardin ? Il répond simplement que « c’est pour mon bon plaisir ». « Vous attendez-vous à des visiteurs ou à des curieux ? La réponse brille par sa simplicité : « Celui qui veut regarder, n’ a qu’à regarder. Il est libre et libre à moi de faire ce qui me plaît ». L’on serait presque tenté de s’arrêter, un moment, rien que pour satisfaire à l’envie de se promener nonchalamment à travers cette féerie, de « cueillir » ces jolies fleurs froides et verdoyantes et de s’abreuver à cette source d’où ne coule aucune eau. Tout semble répondre à un besoin d’expression et d’ornementation dont la singularité est que cela provient de l’activité d’un homme peu expressif et recherchant la solitude. Tout cet étalage donne l’impression d’accueillir des visiteurs qui ne semblent pas vouloir se présenter, mais dont les regards s’attardent trop souvent sur ce paysage hors du commun qui apparaît entre les oliviers et par-dessus la haie qui borde la propriété. Il semble que Monsieur Ferhat soit un amoureux de la nature, au sens architectural aiguisé à l’extrême qui veut par tous les moyens (et il le montre si bien) que sa parcelle de terrain vive un éternel printemps dans un décor figé et désiré dans ce sens.

Sofiane M.