C’est un mois d’août pas comme les autres que les habitants de Tizi-Ouzou ont accueilli cette année
En plus de la canicule qui y sévit, la région de Tizi-Ouzou a connu, cette année, un invité indésirable : il s’agit de la maladie de la fièvre aphteuse qui est venue noircir un tableau pas déjà trop reluisant. Passé le mois de carême éprouvant à tous les niveaux (canicule, hausse des prix, manque d’eau potable…), les Tizi-Ouzéens qui espèrent, enfin, renouer avec l’ambiance estivale et son lot de fêtes interminables, se heurtent, malheureusement, à certains obstacles qui ne sont pas faits pour arranger les choses. C’est le cas de cette fièvre aphteuse qui a fait son apparition dans la wilaya de Tizi-Ouzou, il y a deux semaines de cela, et qui est devenue, aujourd’hui, le souci numéro un de l’écrasante majorité des citoyens.
La fièvre aphteuse, cette invitée indésirable
Connue pour être une région à vocation agricole, la wilaya de Tizi-Ouzou compte pas moins de 90 000 têtes bovins, selon les statistiques fournies par les services agricoles de la wilaya (DSA). Jusqu’à vendredi dernier, pas moins de 600 bovins ont été contaminés par la fièvre aphteuse dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Un chiffre qui a effrayé les éleveurs de la région, surtout que les foyers de cette maladie virale ont atteint une trentaine de commune soit presque la moitié des 67 municipalités que compte la wilaya. Devant l’ampleur de la propagation de cette maladie, les éleveurs mais aussi les citoyens ne savent plus à quel saint se vouer même si le ministère de l’Agriculture ne cesse de les rassurer à propos des indemnisations. « L’éleveur, dont le cheptel a été contaminé par cette maladie virale qui touche le bovin, bénéficie d’une indemnisation de 100% pour tout bovin atteint du virus de la fièvre aphteuse. 80% du prix réel du marché sont octroyés par le ministère et 20% le sont après abattage et vente de la viande », a indiqué samedi dernier, le secrétaire général du ministère de l’Agriculture lors d’une conférence de presse tenue à Alger. Toutefois, si les éleveurs, dont la majorité fait de leurs bêtes leur source de vie, ont peur de voir leur cheptel décimé le simple citoyen est inquiet de ne pas trouver de la viande à consommer, surtout en cette période des grandes fêtes où le produit est trop demandé. « Je ne sais pas quoi faire. Cela fait dix jours que je cherche à acheter un bœuf pour la fête du mariage de mon fils mais sans succès », nous confie Aami Saïd, un septuagénaire rencontré au marché de Tala Athmane. Un marché où il est interdit de vendre des bêtes suite à la dernière décision du wali de Tizi-Ouzou de fermer les marchés à bestiaux au niveau de toute la wilaya, pour éviter la propagation de la maladie de la fièvre aphteuse. Une décision, certes, prise dans l’intérêt des citoyens, mais qui n’est, malheureusement, pas sans conséquences lorsqu’on sait que nombreux sont ceux comme Aami Said, s’apprêtant à célébrer une fête, qui seront obligés de se rabattre sur les boucheries pour faire leurs approvisionnement en viande faute de pouvoir sacrifier un bœuf pour la circonstance.
La fête, au pluriel
Lorsqu’on connaît la symbolique de sacrifier un bovin dans la tradition kabyle à l’occasion d’une fête de mariage, il est facile d’imaginer le désarroi de tous ceux qui s’apprêtent à célébrer leurs fêtes en ces jours de vaches maigres (sans jeu de mots). « Il se peut que je change d’avis et surtout de menu en préparant du poulet à la place de la viande rouge lors de la fête de mon mariage que je célébrerai le 14 août prochain », nous confie un autre citoyen qui ne comprend pas pourquoi en Algérie, il existe un marché mais pas de règles économiques. Selon son témoignage, depuis l’apparition de la fièvre aphteuse, les éleveurs, de peur de voir leurs bêtes touchées par la maladie, se sont accourus aux abattoirs pour abattre leurs animaux et vendre leur viande, par la suite, aux bouchers. Devant l’offre qui est de loin supérieure à la demande, le kilogramme de la viande, selon notre interlocuteur, est vendu aux bouchers à moins de 400 DA, soit presque 50% de son prix réel. Mais au lieu de voir cette baisse sensible du prix de la viande se concrétiser en faveur du consommateur, ce dernier se retrouve, malheureusement, toujours face à un prix identique que celui pratiqué avant l’apparition de la fièvre aphteuse. Il n’y a malheureusement pas que le prix de la viande qui est en hausse en cette période des grandes fêtes où l’offre sur les légumes et les fruits va aussi crescendo. Et comme cette année encore, la majorité des Kabyles ont choisi ce mois d’août pour célébrer les fêtes de mariage, ajouter à cela l’arrivée en masse des émigrés, il faudra donc s’attendre à une flambée des prix de tous les produits. L’haricot vert, un légume très prisé en Kabylie, notamment lors des fêtes familiales, se négocie autour de 160 DA le kilogramme, la pomme de terre a franchi la barre des 45 DA, alors que le prix de l’oignon, qui a connu pourtant une baisse sensible durant le mois dernier, a repris lui aussi son envol et il a été vendu, avant-hier, à 30 DA le kilo. Des légumes qui vont garder leur cherté tout au long de ce mois d’août, selon les marchands de fruits et légumes, du fait de la demande qui s’accroit chaque jour. Si les villages et quartiers de Tizi-Ouzou vivent, ces jours-ci, au rythme des fêtes familiales, l’animation au niveau des chefs-lieux des villes est au ralenti. La majorité des commerces sont boudés par les clients. Rares sont ceux qui se hasardent à faire des achats en cette période caniculaire. Même les restaurants et cafés sont presque boudés par les consommateurs. Au milieu de cette morosité ambiante s’est greffée, comme par enchantement, deux événements : le Festival arabo-africain de danse folklorique organisé dans la ville de Tizi-Ouzou, et la traditionnelle Fête du bijou d’Ath Yenni. Si le premier a pris fin avant-hier, après une semaine d’activité qui a permis à la ville des Genêts de renouer, un tant soit peu, avec l’ambiance des soirées festives, le deuxième rendez-vous devra se poursuivre jusqu’à vendredi prochain au grand bonheur des amoureux du bijou traditionnel. D’ailleurs, il suffit de voir le nombre important de visiteurs qui se rendent chaque jour à Ath Yenni, sur les hauteurs de Tizi-Ouzou, pour se rendre compte de l’attrait que suscite ce rendez-vous chez les gens.
Quand les feux de forêt se la dispute à la canicule
L’autre phénomène qui a fait son apparition, en ce début du mois d’août, est cette canicule qui sévit au quatre coins de la Kabylie. A l’instar de l’ensemble du nord du pays, la Kabylie suffoque. Depuis une semaine, les températures ont franchi allégrement la barre des 40 degrés. Une grande chaleur amplifiée par une humidité élevée rendant l’atmosphère insupportable. « Il m’est impossible de sortir après 10h du matin. Vu la grosse chaleur qui sévit depuis quatre jours à Tizi-Ouzou, il m’est difficile de marcher 100 m sans ressentir des vertiges », nous confie Meziane, un sexagénaire de la Nouvelle ville. Souffrant d’un diabète et d’une hyper tension, ce retraité se dit inquiet pour sa santé. « Je n’arrive plus à me tenir debout plus de cinq minutes. Je ressens la terre tourner autour de moi à chaque fois que je me retrouve à l’extérieur de la maison. Je ne supporte pas cette canicule au point où j’ai perdu l’appétit », avoue-t-il, lui qui semble mettre définitivement une croix sur les vacances après avoir pourtant promis à sa fille de l’emmener pour deux semaines à Béjaïa, en récompense à sa réussite au Bac. Le cas de Meziane n’est pas le seul, car nombreux sont ceux qui ont décidé de rester cloîtrés chez eux en raison de cette canicule sans précédent. En effet, aller à la plage en ces jours de grande chaleur est une vraie gageure, surtout si le véhicule n’est pas climatisé. « Rester deux à trois heures dans une voiture pour aller jusqu’à Tigzirt sans la clim est un vrai supplice », nous confie Mustapha de Boghni. « Non seulement il m’est impossible de faire voyager mes enfants dans ces conditions, mais il faudra surtout faire face à un autre aléa : les bouchons interminables sur les routes », ajoute-t-il. En effet, en ces jours des grandes vacances, la quasi-totalité des routes de la wilaya de Tizi-Ouzou connaissent une affluence record de véhicule, notamment durant les heures de pointe. C’est le cas de la RN12 où des bouchons interminables se forment chaque jour au niveau du pont de Tamda et du village Taboukert. Dès 08h du matin, de longues files de véhicules, empruntant cet axe très fréquenté se forment dans les deux sens. « Il faudra avoir les nerfs d’acier pour pouvoir supporter un embouteillage pareil », nous confie Djamel de Mekla qui emprunte cette route chaque jours pour se rendre à Tizi-Ouzou. « De Taboukert jusqu’au pont de Tamda, soit une distance de deux kilomètres à peine, j’ai galéré durant 45 minutes. Ce n’est pas normal », fulmine-t-il, lui qui voyait pourtant en l’opération du dédoublement de cette route entamée il y a plus d’une année une délivrance. « Comment se fait-il que les travaux entamés depuis plus d’une année sont à l’arrêt au niveau de Tamda, alors que tout le monde sait que c’est le point noir de cette RN12 ? », ajoute-t-il d’un air désolé. A la chaleur de Dame nature, la Kabylie, particulièrement la wilaya de Tizi-Ouzou, vit, ces derniers jours, au rythme infernal des feux de forêt. En effet, plusieurs départs de feu ont été enregistrés, vendredi dernier, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, selon les services de la Protection civile. Ces foyers d’incendie se sont déclarés dans sept localités de la wilaya, à savoir Iflissen, Azazga, Tizi Gheniff, Bouzguène, Idjeur, Yakouren et Aghribs, a-t-on précisé de même source. Selon les derniers chiffres, pas moins de 120 hectares et des centaines d’arbres fruitiers sont partis en fumée. Certes, on est loin de l’enfer de l’année 2012 où quelque 36.000 oliviers sont partis en fumée rien que dans les dernières semaines du mois d’août de cette année-là. Selon un bilan obtenu à l’époque auprès des services de la Protection civile, ce ne sont pas moins de 850 hectares de différentes formations végétales qui ont été ravagés par les feux. Quelque 4 825 ha de végétation, dont 2 670,5 ha de forêts, 666 ha de maquis et 908 autres de broussailles ont également été perdus. Mais cela ne veut pas dire que la wilaya de Tizi-Ouzou, dont le patrimoine forestier a failli disparaître de la carte, ne revivra pas cette catastrophe si les pouvoirs publics mais aussi les citoyens ne s’y mettent pas afin de se prémunir d’une telle catastrophe. Car, il suffit d’une petite négligence pour que la catastrophe arrive. Lorsqu’un incendie, minime soit-il, se déclare, Dieu seul sait les conséquences qu’il pourrait engendrer. Un scénario que la Kabylie, déjà au bord de l’asphyxie, n’espère plus revivre.
Ali C.

