Béjaïa : La célébration des mariages coûte de plus en plus cher – Fête d’une nuit, préparatifs d’une année

De coutume, la société kabyle est plus qu’attachée au mariage, synonyme d’enterrement de la vie de garçon, de facto, un nouveau départ pour édifier des soubassements solides d’une cellule familiale bien ancrée.

Même si le mariage précoce est révolu, car la nouvelle génération hésite à se mettre la bague dans le doigt, il reste néanmoins que cette union sacrée est fêtée comme il se doit quitte à se grever de dettes. À l’orée de chaque arrivée de la saison estivale, les fêtes de mariage sont légion dans la région d’Ath Waghlis. Pour ce faire, les prétendants au mariage fixent généralement la date de leur union matrimoniale entre la mi-juin et fin août. Le choix porté sur cette saison pour célébrer leurs unions n’est pas fortuit. Une saison de vacances par prédilection où se réunissent tous les membres de la famille et les amis. Ces dernières années, un retour en force du nombre d’unions conjugales, d’où naquit une sorte de frénésie dépensière pour célébrer comme il se doit ces fêtes. Les personnes qui se convolent en justes noces ne lésinent pas sur les moyens pour sacraliser ces moments à jamais, quitte à épuiser leurs budgets. L’organisation des mariages coûte de plus en plus cher, et pour cela, un panel de dépenses est au menu. Parure en or, habillement, dot, esthétique, animation, repas, boissons et tutti quanti. Ces préparatifs sont le fruit d’un sacré magot amassé au fil des années, et quel que soit le budget alloué à cette fête, il est souvent dépassé en raison d’une panoplie de dépenses, sans compter d’autres vétilles. Autant dire, ״mariage d’une nuit, préparatifs d’une année״. « Il faut gagner au loto pour pouvoir se marier », nous dira tout de go, un jeune chômeur. Ce rituel est devenu une lubie chez les kabyles où chacun tente de justifier les dépenses exorbitantes concédées aux fêtes de mariage. Afin de couronner le tout, une soirée musicale est souvent au menu. Le disque-jockey, communément appelé DJ, est devenu l’attraction favorite des jeunes en particulier, se donnant à cœur joie de gambiller au rythme des chansonnettes spéciales fête. La nostalgie du bendir, la cornemuse (lghidha) n’ont plus la cote auprès de la nouvelle génération, laquelle est plutôt attirée par tout ce qui a trait à la musique rythmée. Le vacarme que suscite cette musique au-delà de minuit ne fait pas que des heureux, car la forte sonorisation empêche du fait les personnes malades, les fonctionnaires, les enfants… d’être entre les bras de Morphée. Ce n’est nullement une sinécure de vouloir aspirer au repos le week-end, des norias de cortèges sillonnent les artères sans rémission du matin au soir, de surcroît, soutenus par des concerts tonitruants de klaxons et un relent de youyous. Ainsi, tout est pêle-mêle dans ce type de cortège où le code de la route est bafoué. Le danger guette en permanence les automobilistes et les usagers. Des jeunes n’hésitent pas à sortir tout leurs corps de la voiture en se tenant juste par une main à la portière rien que pour exhiber une joie démesurée au risque et péril de leur vie. Malheureusement, ces cortèges nuptiaux sont souvent le théâtre de carambolages d’où en résultent morts et blessés.

Bachir Djaider