Les leçons du stade du 1er Novembre

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 Par Amar Naït Messaoud

L’actualité la plus immédiate inhérente à la jeunesse de notre pays jette à la figure de la société et des gouvernants des images fidèles de la déréliction humaine dans laquelle cette frange de la société s’enfonce un peu chaque jour. Le dernier événement, crime devons-nous dire, est l’assassinat, la semaine dernière, du joueur de la JSK, Albert Ebossé d’origine camerounaise. Cet acte, qui soulevé la colère et la réprobation de toute la communauté sportive nationale et de toutes les franges de la société algérienne, s’est déroulé en Kabylie, une terre connue pour ses règles d’hospitalité son ouverture d’esprit et sa loyauté aux normes du professionnalisme. Sans pouvoir préjuger des résultats de l’enquête judiciaire en cours, l’on peut cependant émettre l’hypothèse que le joueur camerounais n’est pas spécialement visé par le projectile. Ce dernier aurait pu atterrir sur la tête de n’importe quel joueur. Cela demeure une hypothèse, bien sûr, mais qui nous permet de dire que la colère assassine des spectateurs est aveugle. Si, par le passé on a entendu parler de comités de supporters, bien encadrés et disciplinés, c’est plutôt un vœu qu’une réalité. Le stade algérien est devenu le défouloir et le mur de lamentations de tous les refoulements juvéniles. Par-delà même la défaite du club local face à l’USMA- et feu Ebossé a eu à même à marquer un but pendant la rencontre-, le comportement de beaucoup de spectateurs sur les gradins dépasse largement les enjeux de la rencontre sportive. Il s’inscrit dans une logique de foule animée par toutes les frustrations sociales, l’indiscipline et l’impunité. C’est que, outre cette tentation de se rebeller contre l’ordre établi à tout bout de champ et par tous les moyens, y compris les plus inimaginables, l’autorité de l’État a été progressivement, mais résolument, rognée, aussi bien dans la rue, dans des salles de fête où se produisent de grandes vedettes de la chanson, que sur les gradins de stades de football. Ce qui vient de se passer au stade du 1er Novembre à Tizi Ouzou ne ternit pas l’image de la JSK ou de ses dirigeants; mais, il montre le niveau de la déliquescence de l’État et de la société tout ensemble, comme il assombrit davantage les horizons de libération de la jeunesse algérienne des ses échecs, de ses faiblesses et de frustrations. Voilà un acte gratuit qui porte indéniablement atteinte à l’image de notre pays et de la Kabylie en particulier. Un acte de trop dans la série des échecs que l’Algérie a enregistrés dans ses tentatives de mettre en valeur le potentiel de sa jeunesse, laquelle représente plus de 70 % de la population du pays.

Sous réserve de ce révèlera l’enquête, l’on ne peut passer sous silence le relâchement dans les contrôles qui sont censés se faire à l’entrée des stades ni le déficit d’équipement en caméras de surveillance. Sur un plan plus général, l’auteur de l’assassinat du joueur de la JSK, même s’il n’a pas spécialement visé l’attaquant Ebossé représente cette jeunesse algérienne qui a échoué dans sa promotion sociale et culturelle. C’est l’ignorance et l’inconscience caractérisées. Il est difficile d’imaginer ce jeune comme étant socialement et familialement équilibré comme culturellement ouvert sur les créations de l’esprit, et comme sportivement porté par un quelconque idéal de réussite. C’est l’échec consommé d’une politique de la jeunesse qui ne trouve aucune espèce d’expression dans la vie publique, hormis le banditisme, la drogue, l’émigration clandestine et d’autres fléaux sociaux. Une jeunesse qui n’est pas tentée par la vie associative, la participation à la vie culturelle, le défi d’améliorer son cadre de vie ne serait-ce que de s’attaquer aux monticules de décharges publiques jonchant tous les recoins de la Kabyle, cette jeunesse, disions-nous, porte en elle les risques dérapages inscrits apparemment dans la fatalité d’une politique de la jeunesse en mal de repères solides. L’acte ignoble du stade de Tizi Ouzou interpelle toute la société (populations, gouvernants et élite) et constitue un avertissement à méditer. 

A. N. M.

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