Hommage a Dda Mohand l’enseignant

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La Kabylie, et partant l’Algérie vient de perdre, en la personne de M. Chellah Mohand, l’une des rares personnes à avoir sacrifié toute sa vie, au service de l’éducation et de la formation à la citoyenneté. Dda Mohand est de ceux qui, dès 1962, avaient la conviction que l’Indépendance de notre pays n’étant que partielle et que pour la parachever, il lui fallait ses attributs fondamentaux. C’est ainsi que Dda Mohand a pris à bras-le-corps le vaste chantier de l’éducation. Ayant fréquenté l’Ecole française, Dda Mohand était un éducateur fortement marqué par ce qui est communément appellé l’Ecole “Jules Ferry” mais en tordant le cou à son arrière pensée colonisatrice. Grâce à lui, le collège “Abdiche Mehdi” de “Larbaa Nath Irathen” a joué le rôle d’Ecole de la citoyenneté, en rayonnant de la vallée du Sebaou aux limites du Djurdjura. Ses anciens élèves ont d’abord appris les devoirs, ensuite les droits du citoyen. A la fin des années 1970, le collège de Larbaa Nath Irathen a été choisi comme établissement pilote, pour l’expérimentation de l’Ecole fondamentale. Dda Mohand et grâce à l’autorité morale, qu’il avait sur le corps enseignant de l’époque, a conduit avec succés l’expérience. L’expérience -pilote, s’entend : en ce sens qu’il y était encore permis l’usage de la langue française, parallèlement à la langue arabe et aussi, parce que dés la 7éme année fondamentale (Ex : première année moyenne), on y enseignait les mathématiques modernes, la physique-chimie, l’éducation civique et l’anglais. Confiée à un Monsieur Education, cette expérience ne pouvait que réussir. Malheureusement et récupérant ce succès à leur profit, les partisans zélés de l’Ecole fondamentaliste, l’ont généralisée, mais en la détournant de sa vocation initiale, en la transformant en entreprise très performante dans la formation de sujet prêt à porter de la contre-citoyenneté. Pour revenir à Dda Mohand, son école n’est pas seulement un lieu d’instruction et d’alphabétisation, c’est aussi le lieu d’acquisition du sens de la réussite par le mérite et l’effort. Il interdit le burnous comme tenue de collègiens, le qualifiant de symbole de l’oisiveté : mais dans un kabyle châtié, plein d’humour, comme pour rappeler que nos ancêtres ne le mettaient qu’après le labeur et ou le labour. Parmi ses propres enfants, il y’en a eu ceux qui ont refait leurs classes pour insuffisances de résultats. Ils ont tous fait le cursus scolaire de n’importe quel Algérien. Quel bel contre-exemple à ceux que partisans zélés d’une école obscurantiste et qui envoyaient leurs enfants dans les écoles occidentales. Ce n’est pas forcer le trait que de relever que Dda Mohand a rendu l’âme, le lendemain de l’adoption par l’actuelle Assemblée nationale du texte sommant les écoles privées de rentrer dans les rangs de la médiocrité, au moment où ces dernières ont commencé à dessiner l’esquisse d’un projet d’école alternatif à la fabrique de crétins et de fiers égorgeurs.

Md Tahar Khouas

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