Ni l’électricité ni gaz de ville

Pour une entrée en matière, il faut commencer par retracer la situation géographique du hameau de Chaib, sis à la croisée des chemins de la N12 reliant Tizi Ouzou à Azazga et de la D150 faisant la jonction avec Mekla, le chef-lieu de Daïra et de commune. Une bonne position, diriez-vous, mais, hélas, c’est tout le contraire. Faut-il rappeler que la ligne électrifiant le Aârch Beni Frawcene ainsi que la région d’Azazga est passée, impérativement et en toute logique, par la région de Chaib, et cette traversée (du désert!) remonte aux années 30 de triste mémoire, mais, pour tirer avantage de cette position stratégique et faire bénéficier ce hameau des bienfaits de l’électricité, en dépit du fait que tous les poteaux fleurissent de son sol, il a fallu attendre patiemment…1991. Les résidents ont longtemps contemplé les poteaux et les fils par-dessus leurs maisons et leurs champs avant de voir les lampes électriques éclairer leurs domiciles. Ils ont attendu plus de 50 longues années. 50 longues années dans le noir, à l’ombre des poteaux électriques, à la lumière des chandelles et des groupes électrogènes pour les plus nantis! Aujourd’hui, à la veille du jour de l’an 2006, l’histoire se répète, dans les mêmes lieux et au détriment des même personnes, à une génération près. Si les vieux n’en gardent que le souvenir, les jeunes risquent de voir le même scénario se reproduire à une nuance énorme car, cette fois-ci, ce n’est pas le ciel qu’ils auront à contempler, mais le sous-sol de leur région. Les temps ont changé, l’évolution a fait son chemin et la civilisation continue son œuvre. Il leur faudra fouiller le sous-sol environnant, les champs, les plaines, les vallions et même les rues pour retrouver les tuyaux de gaz de ville qui traversent, déchirent, pourfendent toute la zone dans tous les sens et…ne font que…passer inexorablement. Les conduites alimentant et la région d’Azazga et celle de Mekla passent par là, – elles passent seulement et ne font que transiter, car on a oublié de leur dire de faire…un arrêt (!?!) – comme par hasard ou par obligation. Elles ne font que passer, sans un regard pour les cuisinières qui continuent de fonctionner au butane, sans un regard pour les poêles qui s’acharnent à « bouffer du butane », inconscientes et insolentes à la fois, s’allongeant nonchalamment, comme indolentes et passives. Peut-être que l’on se rappellera qu’il existe des résidences, des foyers, des habitations, des commerces, des ateliers et même une clinique sur ce sol-là, plutôt au-dessus de ce sous-sol-là? Peut-être que l’on se rappellera qu’une même conduite peut alimenter indifféremment toutes les régions et qu’elle n’en sera que plus rentable?Mais, si l’histoire se répète, les habitants de Chaib, comme ils ont vécu dans l’ombre des poteaux électriques durant une cinquantaine d’années, devront peut-être vivre – sait-on pour combien de temps? – par-dessus les conduites qui sommeillent sous leurs champs et à côté de leurs habitations. On dit que les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets, mais il n’a jamais été dit que l’histoire puisse se répéter, à ce point, dans un même endroit, avec le même désavantage pour les mêmes citoyens. Mais serait-ce une utopie? On a toujours conseillé aux gens connus pour avoir toujours été patients de…patienter encore. On aura peut-être, un jour, la…patience de se pencher sur ce cas atypique et répétitif.

Sofiane M.