Le touriste français Pierre Hervé Gourdel enlevé, dimanche dernier à Tizi-Ouzou, a été décapité par ses ravisseurs.
Dans une vidéo postée hier en début d’après-midi sur des sites de jihadistes, le groupe islamiste armé dénommé «Jund al-Khilafah», a affirmé avoir décapité le ressortissant français, mettant ainsi à exécution l’ultimatum de 24 heures lancé à l’adresse de l’Etat français afin de mettre fin à ses frappes militaires en Irak. La vidéo intitulée «Message de sang pour le gouvernement français», débute par des images du président français, François Hollande, prises au cours de la conférence de presse durant laquelle il a annoncé les frappes françaises contre l’Etat Islamique en Irak. Ensuite, elle montre l’otage, agenouillé et les mains derrière le dos, entouré de quatre hommes armés et le visage dissimulé. En quelques mots, il témoigne de son amour pour sa famille. L’un des hommes lit ensuite un message dans lequel il dénonce l’intervention de ce qu’il qualifie des «croisés criminels français contre les musulmans en Algérie, au Mali et en Irak». Il affirme qu’au terme du délai accordé à la France pour cesser sa «campagne contre l’Etat islamique et sauver son ressortissant», le groupe a décidé de le tuer «pour venger les victimes en Algérie (… ) et en soutien au califat», proclamé par l’EI sur les régions qu’il contrôle en Irak et en Syrie. Les hommes au visage cachés se jettent ensuite sauvagement sur l’otage.
Des images insoutenables
À la fin de cette vidéo horrible, l’un des ravisseurs brandit la tête de Pierre Hervé Gourdel. Selon une source sécuritaire citée par le site TSA, l’otage aurait été exécuté dans la région des Ouacifs, dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Enlevé dimanche soir aux environs de 21h30 à hauteur du village d’Ait Ouabane, dans la commune d’Akbil, (wilaya de Tizi-Ouzou), le touriste français a, donc, passé trois jours en captivité avant d’être exécuté hier, par ses ravisseurs. Ces derniers, se réclamant d’un groupe terroriste dirigé par Abdelmalek Gouri, alias Khaled Abou Souleimane, avaient donné un ultimatum de 24 heures à la France pour stopper les frappes aériennes contre l’Etat islamique auquel il a fait allégeance. Dans une vidéo de 3 minutes 56, diffusée lundi soir, l’otage français, Hervé Gourdel, entouré de deux hommes armés, explique avoir été enlevé par Jund al-Khilafah, un groupe armé dissident d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), apparu au mois de juin, et qui a prêté allégeance à l’Etat islamique (EI) depuis une semaine. «Monsieur le Président Hollande, je suis Hervé Gourdel, je suis né à Nice, en France (… ), je suis guide de haute montagne (… ). Je suis arrivé en Algérie le 20 septembre 2014 et je suis, depuis hier, aux mains d’un groupe armé (…) Je vous conjure Monsieur le Président de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour me sortir de ce mauvais pas», indiquait l’otage français dans la vidéo mise en ligne par Jund al-Khilafah. Passionné de photographie, Hervé Gourdel est un guide de haute montagne niçois de 55 ans. Il travaille au parc national du Mercantour (Alpes-Maritimes) où il a créé en 1987, un bureau de guides de montagne d’été. Il était arrivé samedi dernier, en Algérie pour un trek d’une dizaine de jours. «Nous avons pu le joindre au téléphone hier (dimanche, NDLR) après-midi. Tout allait bien. Il nous a dit qu’il entamait une randonnée de deux jours et qu’il serait peut-être difficilement joignable. Ensuite, il comptait ouvrir une nouvelle voie dans le massif», a raconté sa mère, contactée, lundi soir, par le magazine français l’Express. Malgré les efforts déployés par les services de sécurité algériens afin de retrouver l’otage, ce dernier a malheureusement subi le triste sort des mains de ses ravisseurs.
François Hollande dénonce un assassinat «lâche» et «odieux»
Depuis New York, où il assistait à une réunion de l’ONU sur le climat, le président français, François Hollande, a confirmé hier en début de soirée aux journalistes, la mort de l’otage français Hervé Gourdel et dénoncer ce qu’il a qualifié d’un assassinat lâche et odieux «Notre compatriote Hervé Gourdel a été assassiné par un groupe terroriste lâchement, cruellement, honteusement», a déclaré le chef de l’Etat français qui réunira, aujourd’hui, un Conseil de défense à l’Elysée. «Cette agression contribue à renforcer ma détermination», a ajouté le chef de l’Etat français. En effet, la France s’est engagée hier, lors d’un débat parlementaire, à poursuivre ses frappes aériennes en Irak jusqu’à ce que l’armée irakienne reprenne le dessus face au groupe Etat islamique (EI). «Nous resterons impliqués, le temps nécessaire, jusqu’à ce que l’armée irakienne ait retrouvée la supériorité », a dit le Premier ministre, Manuel Valls, devant l’Assemblée nationale. «Un péril mortel s’étend au Moyen-Orient», a-t-il ajouté. Il a précisé qu’à la différence des Etats-Unis qui mènent des raids aussi en Syrie, la France avait choisi de se «concentrer» sur l’Irak. Le dirigeant syrien Bachar al-Assad «ne peut absolument pas être un partenaire dans la lutte contre l’organisation Etat islamique», selon lui. Réagissant à l’annonce de la décapitation de l’otage français, le Conseil français du culte musulman (CFCM), l’instance de représentation de la première communauté musulmane d’Europe, s’est dite «horrifiée» après l’annonce de la décapitation d’un otage français enlevé en Algérie, dénonçant un «crime barbare». Dans son texte, lu par téléphone à l’AFP, «le CFCM s’associe à la douleur de la famille et à l’ensemble de la Nation devant un tel crime qui ne mérite qu’un châtiment exemplaire par la justice de Dieu et celle des hommes». Le Conseil, présidé par le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, espère « de tous ses vœux que soit mis fin à ces actes barbares par une solidarité entre toutes les nations», poursuit-il.
A. C

