Une récolte au ras des pâquerettes et une filière filant un mauvais coton. C’est le verdict sans appel rendu par des paysans chevronnés concernant cette culture vivrière séculaire dans la vallée de la Soummam.
«En 60 ans de travail de la terre, je n’ai jamais vécu une saison aussi chiche avec en sus, une qualité du produit laissant à désirer», tranche un fellah d’Ath M’likèche, qui, à l’image des autres cultivateurs, n’en finit pas de broyer du noir. «J’ai encore souvenance du temps jadis, où l’on consommait des figues sèches durant toute l’année, tellement les récoltes étaient copieuses», se remémore-t-il. Un autre fellah d’Ouzellaguen relate, avec des relents de nostalgie, l’époque où l’excédent des récoltes était écoulé sur les marchés locaux ou troqué contre d’autres denrées de base. «De nos jours, la figue sèche est un luxe. Pire encore : même les figues fraiches, on n’en mange pas à satiété. Les figuiers sont, soit décimés par les flammes ou dévorés par le béton. Les rares spécimens, qui restent encore debout, sont livrés à l’abandon», dira-t-il pour illustrer le contraste. Même la région de Béni Maouche, fief de la figue s’il en est, n’échappe pas à ce déclin inexorable. Les vergers s’amenuisent, les repeuplements sont rares, la régénération est difficile. «Chaque année, je constate à mes dépend que la récolte est plus faible que la campagne précédente», témoigne un citoyen de la région, exploitant un verger au village Ath Adjissa. «Conduire une culture de figues, c’est affronter une kyrielle d’aléas et de contraintes, qui rendent utopique toute perspective de rentabilité. C’est pour cela que les gens s’en détournent au profit d’autres activités, réputées plus gratifiantes et plus valorisantes», fait remarquer un autre citoyen de Trouna, chef-lieu de la commune. Facteur de production clé l’eau fait cruellement défaut. Cette disette hydrique explique largement l’effondrement du volume des récoltes. On évoque aussi l’abandon de la pollinisation par le caprifiguier, d’où les taux d’avortements excessifs observés au cours de ces dernières années. «Tous les signaux sont au rouge. La culture de la figue est promise à un avenir incertain», dispose un agriculteur de Tazmalt. Une manière de conjecturer que ce qui attend cette filière est bien plus dramatique que ce qui lui arrive.
N. Maouche

