L’Aid à grandes enjambées

ça y est, l’Aid est déjà de retour ! La présence des troupeaux de moutons dans les villes et les quartiers annonce les prémices des dépenses en cette occasion religieuse. L’Aid El Adha (sacrifice) ou l’Aid El Kebir, comme on l’appelle dans certaines régions, est un rite sacrificiel qui perpétue celui consenti jadis par le prophète Abraham. Mais par la force du temps, dans notre société, il tend à acquérir une nouvelle signification. La plupart de ceux qui immolent des moutons en ce jour sacré, répétent à qui veut bien les entendre qu’ils n’ont fait que céder à la « pression » des enfants, auxquels ils veulent faire plaisir. D’autres interprétent l’occasion à leur manière et disent tout court : « Si les voisins n’avaient pas acheté de mouton, nous nous serions abstenus ». Devant les prix des moutons qui ne cessent de grimper pour atteindre le jour « j » un seuil inimaginable, certains sautent sur l’occasion pour se remplir les poches. D’autres malheureux dont les salaires sont juste aux Smig s’endettent rien que pour faire leur devoir religieux. Ce qui pousse la majorité à exécuter ce rite est donc motivé par le désir de faire plaisir aux enfants et d’imiter les voisins afin de ne pas se dévaloriser devant eux. La légende raconte que les « bêtes » que l’on égorge le jour de l’Aid sont bénies et vont en principe au grand paradis…Mais la misère qui continue de frapper de plein fouet des familles entières et la cherté de la vie actuelle, font que seuls les gens qui auront à immoler leurs moutons sauront où ils vont réellement… La vérité est, qu’ils finiront inéluctablement dans les marmites !

Rabah Zerrouk