Quid de l’aménagement du marché?

Le marché hebdomadaire d’Ighzer-Amokrane donne une image peu reluisante d’une place de rencontre et de négoce qu’il est censé occuper. Qu’en est-il donc de son état à l’heure actuelle? Chaque vendredi, une fois l’animation et la fièvre « acheteuse » qui le caractérisent dissipées et que la marrée humaine quitte les lieux, tout ce tintamarre laisse place à un décor cauchemardesque. Les fruits et légumes avariés et impropres à la consommation sont jetés à même le sol au moment de la pesée. Passe le cliché des chiens et chats errants qui fréquentent cet endroit à la recherche d’une maigre pitance que les revendeurs de viandes et autres poissons pourraient leur « céder ». Heureusement que, par intermittence, les agents communaux du service de nettoyage passent un coup de balai pour redonner un tant soit peu de propreté aux lieux. Quant à l’ancien abattoir jouxtant cette « foire d’empoigne », eh bien, l’air est devenu plus respirable depuis qu’il a été complètement rasé. Situé à la limite entre la surface de détail et celle du gros, ce centre d’abattage ne cessait d’empester l’air avec les eaux saumâtres qu’il déversait directement dans l’Oued « Ighzer-Amokrane », un cours d’eau passablement malfamé depuis qu’on lui a accolé l’étiquette peu bienveillante de dépotoir à ciel ouvert. Jadis considérés comme forums dédiés aux foules bigarrées, et ce, dans la pure tradition urbanistique algérienne en général et kabyle en particulier, les marchés, auxquels on associe souvent le jour de semaine où ils ont lieu, étaient de ce fait depuis toujours destinés à la réception de patchworks qui voyaient même des alliances et des mariages se nouer au gré des hasards. Hélas, de nos jours rien de cela n’a pu garder de son authenticité et de son originalité puisque les marchés hebdomadaires ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Passe encore que c’étaient des occasions sans cesse renouvelées de distraction où les charmeurs de serpents le disputaient aux aèdes et autres troubadours. Tout cela est depuis longtemps effacé par la médiocrité qui a accaparé tous les aspects de la vie quotidienne qui de nos jour ne sont plus de mise et qui faisaient jadis tout le charme qui enjolivait le vécu de nos aïeuls. Place désormais à ces scènes qui enlaidissent davantage le visage hideux de nos villes et campagnes.

Aomar Touahri