Tizi-Ouzou : Conférence-débat sur la langue amazighe – «Tamazight connaît une régression»

Une conférence-débat autour de la langue amazighe, animée par Ramdane Achab et Mohand Ouamer Oussalem, a été organisée, avant-hier, à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.

Les conférenciers ont, tour à tour, exposé les problèmes que rencontre cette langue et ont tenté d’y apporter des solutions. « Tamazight connaît une véritable dynamique de régression », dira M. Oussalem, enseignant à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Et de déplorer, la mort dans l’âme: « C’est un véritable raz-de-marée qui s’est abattu sur cette langue. Même si il y a beaucoup d’acquis, autant de changements et même si toutes ces nouveautés sont une bonne chose, il n’en demeure pas moins que sur le terrain, elle connaît une nette régression ». Cette état de fait n’est pas propre à Tamazight, mais il a touché d’autres langues à travers le monde, selon le conférencier qui ajoutera : « Il ne faut surtout pas perdre de vu cette étude de l’UNESCO qui estime que si rien n’est fait, la moitié des quelques 6 000 langues parlées aujourd’hui dans le monde disparaîtront d’ici la fin du siècle ». L’origine du mal incomberai, entre autres, à toutes ces affluences linguistiques qui sont, selon l’orateur, à l’origine d’«un changement non maîtrisé », parce que la langue amazighe n’arrive toujours pas à suivre l’évolution des innombrables « référents », fruit d’un progrès scientifique et technologique accéléré. « Ce n’est pas un problème propre à tamazight. La langue française aussi, prestigieuse soit-elle, est en perte de vitesse par rapport à la langue anglaise », observera M. Oussalem. Le problème de « l’auto minoration » est l’autre problème très sérieux dont souffre tamazight et qui consiste en le rejet de la langue maternelle par ses propres enfants, fruit du rejet de cette dernière par la société et les institutions. « Certains la regardent comme un poids supplémentaire, d’autres disent que dans les débats sérieux ce n’est pas tamazight qu’il faut utiliser. Alors, tout cela freine son évolution », regrettera l’orateur. « Le transcodage », passé d’un code linguistique à un autre, construire tamazight sur les langues acquises à l’école (arabisant ou francisant) est l’un des problèmes les plus sérieux que rencontre tamazight, d’après le communiquant. « Ces débats sur le statut de tamazight doit impérativement débaucher sur le principe d’égalité avec la langue arabe, car c’est primordial pour la promotion et le survie de cette langue qui passe aussi et surtout par son officialisation », précisera l’orateur. Selon ce dernier, le volume horaire de l’enseignement de cette langue pose également un sérieux problème, estimant que trois heures d’enseignement par semaine restent « très insuffisantes » car, selon lui, cela correspond au volume horaire des langues étrangères. Un élu à l’APC de Tizi-Ouzou avancera, lors des débats qui ont suivi les communications et qui furent très enrichissants, que « le véritable ennemi de la langue amazighe c’est toutes ces écoles privés qui poussent comme des champignons sur tout le territoire de la wilaya et qui dispensent des cours dans les deux langues étrangères (français et anglais) ainsi qu’à ces parents, pseudos intellectuels, qui n’apprennent pas cette langue à leurs enfants et qui les encouragent à parler le français même à la maison. Il soulèvera également le problème des prêches dans les mosquées en langue arabe alors que la plupart des fidèles ne comprennent pas l’intégralité de ce que dit l’imam ainsi que le refus de certains juges de laisser les accusés et les témoins parler cette langue pourtant nationale !

Karima Talis