"On ne sait pas où va l'argent de ce pays. Même une compresse, il faut l'acheter",; ne cessait de fulminer un malade, à qui on a demandé d'aller se procurer avec ses propres moyens des compresses et des pansements.
Sur ce, nous avons alors décidé de faire une virée à l’intérieur de cette polyclinique. D’emblée et après avoir décliné notre identité beaucoup de personnes commencèrent à délier leur langue. » Vous savez, depuis des mois, ce sont presque les mêmes scènes qui se répètent ici. A chaque urgence ou à chaque changement de pansement ou autre acte nécessitant un produit quelconque, c’est le même son de cloche qui retenti. Allez y acheter tel ou tel produit », nous dira une femme qui tenait son enfant par la main et qui attendait à ce qu’on lui change le bandeau qu’il portait sur son front. Toutes les personnes ayant intervenu ont fait part de leur désarroi devant ce manque, devenu récurrent, de ces produits. Même quand il s’agit d’une urgence, c’est le même constat. On croit savoir que cela est constaté même au niveau des cinq unités de soins de la périphérie. Aucune source ne peut ni infirmer ni confirmer ces déclarations. » Ce n’est pas de notre ressort de divulguer de telles informations », suffira de nous répondre un agent paramédical. Devant ces situations qui se répètent, les personnes approchées ont tenu à interpeller le directeur de la santé à ce sujet, d’autant plus que cette commune est classée dans la carte sociale de la wilaya comme étant l’une des municipalités des plus pauvres. Heureusement, ils ont cette chance d’avoir bénéficié d’une radiographie et d’un laboratoire d’analyses médicales. » Le gros est fait. Ce sont les petites choses auxquelles on ne donne pas assez d’importance. Il n’y a pas de pansements, de coton et des compresses, mais nous avons cette chance d’avoir un laboratoire d’analyses médicales qui demande beaucoup de moyen. Que nos responsables règlent ce problème. Cela ne coûte pas les yeux de la tête », remarquera, de son côté un patient qui attendait son tour pour récupérer son bilan sanguin avant de poursuivre: » si c’était chez un privé je paierai au moins deux mille dinars ». Par ailleurs, nous avions appris au cours de nos discussions avec les personnes dans la salle d’attente que les consultations médicales et les extractions dentaires se font le plus normalement du monde. Cette polyclinique dispose de cinq médecins qui assurent même des consultations dans les unités de la périphérie et deux dentistes. Un autre point nous a été signalé. Il s’agit des urgences à partir de seize heures. « Après la fermeture des services, il ne faut pas se présenter ni la nuit ni le vendredi. Il n’y a pas de permanence. D’ailleurs, c’est pourquoi nous souffrons d’acheminer nos malades vers Draâ El-Mizan ou Draâ Ben Khedda. Il faudra que les responsables pensent à initier un point de garde nocturne », dira un autre intervenant.
Amar Ouramdane

