Ighzer Amokrane il est agressé de toutes parts et continuellement – Mort lente de l’écosystème

Il vivait et faisait vivre. Il fut la muse et l’égérie. Ighzer-Amokrane ( le grand ruisseau) était jadis encensé et craint à la fois. Ceux qui se souviennent encore du passé de cet écosystème, véritable éden, n’en reviennent pas, tant le contraste avec sont état actuel fouette l’esprit. Et pour cause : l’un des principaux affluents de Oued Soummam, donne à voir une image désolante. Réduit à sa portion congrue, consécutivement à une pénurie chronique des précipitations atmosphériques, le cours d’eau ne coule plus que par intermittence. Drainant un chapelet de collines boisées, le ruisseau a tracé son lit au fond d’une dépression, point de toutes les convergences. En amont, le long travail érosif a creusé une profonde échancrure où pousse un florilège de formations végétales. D’abord étriqué le bassin de l’Oued s’évase de plus en plus jusqu’à former une large vallée alluviale qui fait jonction avec l’Oued Soummam A l’étiage sans précédent, viennent se greffer l’incivisme et l’incurie de certains riverains. Ces derniers ont fait du bassin du ruisseau le réceptacle de toutes leurs déjections : ordures ménagères, rejets encombrants, déchets inertes…Les eaux usées qu’on y rejette ont achevé de stériliser un milieu aquatique, autrefois foisonnant de vie. Lamentablement souillées par des déchets de toutes natures, les berges de l’Oued prennent des allures de décharges à ciel ouvert. Ici, une construction en dur est érigée en dépit du bon sens, sur le champ d’inondation même de l’Oued. Là une aire de stationnement pour véhicules est aménagée sur ce qui constituait il n’y a pas si longtemps encore, le lit majeur du cours d’eau. Dans cet élan de profanation de la nature, des riverains ont annexé des pans de l’Oued pour en faire des vergers dont les limites sont matérialisées par des palissades de fortune. Le barrage longeant la rive droite de l’Oued, dont la construction remonte à la première moitié du XXe siècle, est dégradé en plusieurs endroits. Dans l’indifférence générale, d’énormes quantités de pierres destinées aux chantiers de la construction, sont régulièrement extraites du lit. Privé de son principal biotope par la sécheresse, spolié de ses matériaux et agressé de toutes parts, l’Oued Ighzer Amokrane sombre dans une profonde agonie.

N. M.