Remous à Ouzellaguen

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Grande colère et branle-bas de combat chez la population du village Khenfor, dans la commune d’Ouzellaguen.

En effet, une rumeur insistante, faisant état d’une déviation du tracé d’un segment du projet de la pénétrante autoroutière, de la rive droite vers la rive gauche de la Soummam, a soulevé une vague de colère, d’indignation et de réprobation chez les habitants de ce village. Ces derniers n’arrivent pas à se faire à l’idée que leurs biens immeubles soient coulés sous l’asphalte de ce projet autoroutier, qui commence à s’esquisser. La crainte des villageois est d’autant plus légitime que ce qui n’était, au départ, qu’une rumeur- un syndrome national par excellence- en passe d’épouser les contours d’une information officielle avérée. «L’APC n’a été destinataire d’aucune information à ce sujet», martèle le maire d’Ouzellaguen, contacté par nos soins. Cependant, l’édile communal croit tenir d’une source crédible que la déviation d’un tronçon de l’itinéraire du projet a été officiellement entérinée par le ministre des Travaux publics, à l’occasion de sa visite le mois de septembre dernier dans la wilaya. La certitude des villageois, quant à elle, est assise sur le ballet incessant des travailleurs du maître d’œuvre chinois qui, depuis le mois de juillet dernier, déferlaient régulièrement dans leurs propriétés. Et puis, les levés topographiques réguliers, les dizaines de pieux fichés dans le sol et les traces de peinture rouge sur les piquets de leurs enclos ne laissent, à leurs yeux, guère de place au doute. «Si les pouvoirs publics croient se tirer à bon compte avec ce procédé opaque, rétrograde et méprisant, ils se trompent lourdement», fulmine un habitant de ce village, qui s’estime bafoué dans sa dignité. «De quel droit peut-on se permettre de travailler dans la propriété des gens, sans avertissement préalable, ni autorisation, ni expropriation. Si ce n’est pas un viol caractérisé ça y ressemble fort», s’emporte un autre citoyen du même village. Et d’enchaîner à brûle-pourpoint : «Quand la loi est piétinée et le droit foulé aux pieds, les victimes ne vont pas se contenter de s’y opposer, ils vont se révolter». Ayant manifestement accusé le coup, un septuagénaire considère qu’en agissant ainsi, les pouvoirs publics contribuent délibérément à crédibiliser l’Etat, à renflouer les inimitiés et à creuser davantage le fossé qui sépare l’administration de l’administré. «On ne peut rien construire sans la population, et encore moins contre elle. Sincèrement, ce qui se prépare est un précédent gravissime», déclare-t-il, courroucé. Une levée de boucliers commence d’ores et déjà à s’ébaucher. Une pétition réclamant d’écarter un peu plus le nouveau tracé du village circule ces derniers jours. Une démarche que ne partagent pas d’autres habitants, partisans de réactions plus radicales. Une chose est certaine, la colère couve et la tension est plus que jamais palpable.

Nacer Maouche

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