Béjaïa : Entretien de Mme Triki, présidente de l’association sociale «El Hanane» – «Il y a des enfants et des familles dans le besoin partout»

Bon nombre d’enfants assistés de la wilaya de Béjaïa sont pris en charge par une association qui active depuis près de vingt ans.

Il s’agit de l’association «El Hanane», qui a ouvert un jardin d’enfants dans le quartier d’Iheddaden. Il vient de démarrer sa troisième année. Nous avons rencontré la présidente de l’association, Madame Triki, pour faire le point sur la rentrée de cette année, et de connaître les perspectives d’avenir de leur action.

La Dépêche de Kabylie : La rentrée est à son terme, quel bilan pourriez-vous en faire ?

Mme Triki : C’est en fait la troisième rentrée du jardin d’enfant. La première, nous l’avions faite le 8 mai 2012 lors de son inauguration. C’était une rentrée symbolique, puisque l’année n’a duré que deux mois. Mais cela nous a permis de mettre en place les choses et de tester l’organisation administrative de la nouvelle structure.

Mais l’association «El Hanane» activait déjà depuis plusieurs années. Elle s’occupait essentiellement des enfants de la DASS (Direction de l’Action Sociale et de la Solidarité), âgés entre trois et moins de cinq ans, pour leur assurer un programme de pré-scolarisation. Cela a duré entre 2005 et 2007. La vocation de l’association consiste à s’occuper des enfants assistés (on ne dit plus « enfants abandonnés »), qui sont pris en charge par la DASS. Une convention lie, maintenant, nos deux organismes.

En 2013, le jardin d’enfants a pu améliorer son fonctionnement par l’apprentissage sur le terrain et la formation du personnel. Nous avons, aussi, dû faire l’apprentissage de la gestion administrative, à la fois de l’association et du jardin d’enfants, et surtout, apprendre à appliquer, de la manière la plus rigoureuse, les textes juridiques et réglementaires. Cette année, nous pensons pouvoir atteindre notre rythme de croisière.

Qui sont ces enfants ?

Nous avons deux catégories d’enfants : la première provenant du Foyer pour enfants assistés de la wilaya, la seconde issue de familles très démunies de la ville de Béjaïa.

Concernant les enfants du Foyer, nous avons dû faire une convention entre la direction du Foyer et notre association, sous couvert de monsieur le directeur de l’Action Sociale et de la Solidarité. Cette convention est reconduite tacitement d’une année à l’autre.

Comment sélectionnez-vous les enfants scolarisés issus de familles démunies ?

Nous avons créé dans l’Association une commission qui est chargée d’évaluer la situation réelle des enfants demandeurs de prise en charge. Le nombre de places étant limité nous sommes contraints de procéder à une sélection, pour pouvoir accueillir les enfants qui en ont le plus besoin. En plus du dossier administratif qui est exigé des familles, une enquête de terrain se fait par la visite inopinée des domiciles, pour évaluer le niveau réel de leurs besoins. Ensuite, une enquête discrète est menée dans le voisinage. Ceci dit, il nous arrive aussi de devoir vérifier auprès de l’APC et du Croissant Rouge, pour nous assurer de la véracité des informations qui nous sont transmises.

Comment l’idée de créer un jardin d’enfants vous est-elle venue ?

Notre association active depuis près de vingt ans, mais la prise en charge des enfants démunis nécessitait l’obtention d’un agrément de l’Etat. Il fallait confectionner tout un dossier et avoir l’aval de plusieurs commissions avant de recevoir ledit agrément. Entre temps, nous nous étions occupés des familles nécessiteuses en distribuant des couffins, et ce, pendant deux années. Nous avions également profité de cette occasion pour faire des démarches auprès de la Direction de l’urbanisme pour obtenir une aire de jeux pour les enfants. C’est un espace attenant au siège de l’association. Nous avons également obtenu le local qui nous sert, en même temps, de siège social pour l’association et de jardin d’enfants. Nous avions besoin de moyens financiers pour les aménager et les équiper. L’ADS (Agence de Développement Social) nous a fourni tous les fonds et les crédits nécessaires. Nous recevons également des subventions de la wilaya et de l’APC, ainsi que de généreux bienfaiteurs nous aident de plusieurs manières, même si parfois, cela se fait de manière aléatoire.

Dans ce bureau, vous semblez être bien à l’étroit n’est-ce pas ?

Nous avons un local qui sert à la fois pour les activités de l’association et pour le jardin d’enfants. Quand une partie a besoin de travailler, l’autre lui cède la place. Nous nous débrouillons comme nous pouvons. Mais nous comptons sur la bienveillance des autorités locales pour nous aider à agrandir notre siège, ce qui nous permettra de doubler, voire de tripler nos capacités d’accueil, recruter du personnel et élargir nos activités.

Combien d’enfants comptez-vous actuellement dans le jardin d’enfants ?

Notre capacité d’accueil est d’une vingtaine d’enfants en tout. Mais durant l’année, il arrive que quelques enfants du Foyer soient récupérés essentiellement pour des raisons d’adoption, ce qui libère des places pour d’autres enfants issus de familles démunies.

En quoi consistent les activités du jardin ?

Les enfants reçoivent le programme préscolaire dès l’âge de trois ans. Il y a aussi diverses activités pédagogiques, des jeux, des sorties…

Votre personnel a-t-il les qualifications pour ce genre d’activités ?

Nos éducatrices ont toutes été formées pour assurer cette activité. En plus du programme préscolaire, elles assurent également une assistance matérielle et affective.

Notre association vient en aide à une soixantaine de familles, en assurant des distributions de paniers au fur et à mesure de l’arrivée des dons que nous recevons des différentes parties. Qu’il s’agisse de nourriture, de vêtements, de jouets, ou autres.

Qui sont les adhérents de votre association ?

Nous avons trois types d’adhérents. Les membres du Bureau, qui sont au nombre de sept, sont des membres actifs. Ils s’acquittent tous de leurs cotisations annuelles. Les membres actifs participants sont une catégorie de personnes qui activent sans pour autant avoir obligatoirement de responsabilités officielles dans l’association. Il y a aussi les membres de soutien et les jeunes, étudiants pour l’essentiel, qui viennent nous donner un coup de main, à chaque fois que nous faisons appel à eux. En tout, une cinquantaine de personnes. L’étroitesse des locaux ne nous permettant pas, pour l’instant, d’avoir d’autres activités.

Vous parlez de donateurs généreux, de qui s’agit-il ?

En plus des subventions régulières accordées par les services de la wilaya et de l’APC de Béjaïa, nous recevons des dons de nombreuses entreprises locales, soit en nature, soit en argent. Quelles que soient ces sommes, elles vont directement à la réalisation des objectifs de l’association qui consistent en la prise en charge des enfants démunis, et apporter de l’aide aux familles nécessiteuses, tels que définis par nos statuts. Nous recevons des dons de nombreuses entreprises, petites ou grandes, mais aussi de citoyens anonymes, qui apportent leur aide comme ils le peuvent. Comme nous recevons également, de temps à autre, des aides de notre communauté algérienne établie à l’étranger. La semaine dernière, nous avons reçu un monsieur, qui souhaite garder l’anonymat, qui a découvert notre association par le biais d’Internet, et qui est venu lui-même apporter de nombreux cadeaux aux enfants, dont des jouets et des vêtements. Qu’ils en soient tous remerciés.

Comment voyez-vous l’avenir de votre association ?

Nous attendons beaucoup de l’agrandissement de cet espace. Même si une aire de jeux a été mise à la disposition des enfants pour pouvoir y jouer, la capacité d’accueil reste la même. Nous n’espérons pas seulement une extension de notre siège. Pour ma part, j’active au sein de cette association depuis sa création le 23 novembre 1996. J’en suis la troisième présidente. Je suis en poste depuis l’année 2006. Je souhaite aussi que ce type d’associations essaime à travers toute la wilaya. Il y a des enfants et des familles dans le besoin partout. Pourquoi ne pas encourager la création, dans toutes les communes de la wilaya de Béjaïa, d’associations de même type, ou des antennes de la nôtre ? A Akbou, Seddouk, Barbacha, Souk El Tenine, Sidi Aich, Amizour,… et dans toutes les autres communes ? Je suis pour le fait de considérer que la scolarisation des enfants devrait être obligatoire et gratuite à partir de l’âge de trois ans, au même titre que l’école pour les enfants. En effet, la petite enfance est très importante, et sa prise en charge éducative et socialisante, dès l’âge de trois ans, devrait faire l’objet d’une attention particulière. Pourquoi ne pas encourager la création de jardins d’enfants publics et gratuits, au même titre que l’école ? Cette association, qui a été reconnue d’utilité publique, a été créée par des personnes anonymes qui avaient à cœur d’aider à alléger les souffrances des enfants démunis. L’hôpital de Béjaïa avait même réservé une aile à l’intérieur de son enceinte pour qu’on puisse s’occuper d’eux. Et ce travail a porté ses fruits. Nous avons, de temps à autre, des nouvelles de quelques enfants qui avaient été pris en charge par notre association, et qui sont, aujourd’hui, des jeunes hommes et des jeunes femmes. Nous sommes heureux de constater qu’ils ont réussi à s’en sortir. Pour nous, c’est la meilleure récompense.

Entretien réalisé par N. Si Yani