Par Amar Naït Messaoud
L’examen et le débat ayant porté sur le projet de loi de finances 2015 ont pu révéler publiquement les appréhensions charriées par le recul des prix du pétrole sur les marchés mondiaux. Évoluant entre 86 et 89 dollars, le baril a connu une nette régression depuis août 2014. Pour l’Algérie, cela représente non seulement un manque à gagner dans ses recettes extérieures, mais une profonde source d’inquiétude tant que les données actuelles de notre économie établissent que les recettes en hydrocarbures représentent plus de 97 % de l’ensemble des recettes extérieures, et que le budget de l’État est basé à près de 50 % sur la fiscalité pétrolière. À considérer ces deux données, les remarques et réserves exprimées par les députés acquièrent toute leur légitimité. Il est vrai que le pays a engrangé des réserves de changes, de près de 200 milliards de dollars, à même de couvrir quatre années d’importation. Mais, c’est là une « sécurité » fragile qu’il importe de relativiser, particulièrement si les marchés mondiaux plongent encore davantage. La réaction face à la dégringolade des prix du baril est un comportement sain et responsable, qu’il vienne des députés, des partis d’opposition ou de la presse. Les parlementaires du parti du RND iront jusqu’à présenter cette conjoncture économique comme un « danger réel et imminent pour les équilibres financiers du pays ». De son côté le FFS propose que le prix de référence du pétrole, sur la base duquel est élaborée la loi de finances, à savoir 37 dollars, soit pris en charge par le parlement au lieu qu’il le soit par le gouvernement. Le parti juge que c’est là « le seul moyen qui contraindra le gouvernement à trouver sérieusement des alternatives à la dépendance aux hydrocarbures ». Comme on pouvait s’y attendre, le parti des travailleurs appelle le gouvernement à « prendre des mesures préventives pour éviter à l’économie nationale de subir les effets de la baisse continue de l’or noir, et ce, dans une conjoncture internationale marquée par des conflits ainsi qu’une relance économique mondiale au ralenti ». Signe des temps, la discussion du budget algérien 2015 a donné lieu à l’improvisation d’un « cours d’économie », montrant par là que l’Algérie est loin de vivre seule, en vase clos, mais dans un monde ouvert, à influences multiples. Ouvert aussi bien aux échanges fructueux, aux relations régionales (comme l’accord d’association avec l’U.E.), qu’aux courants générateurs de tension, comme les grandes places du commerce extérieur. La règle de se préserver des grandes perturbations que génèrent de tels échanges est naturellement d’acquérir une relative autonomie, une marge de manœuvre, qui puisse laisser une place de choix aux options nationales. Ces options sont celles derrière lesquelles l’Algérie court depuis des décennies à travers ce que l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a appelé en 2009 un « développement autocentré », basé sur l’exploitation optimale des diverses ressources et potentialités nationales, au-delà de l’énergie fossile. Des résistances existent; elles se sont dressées au travers du mouvement des réformes depuis le début des années 1990. Elles sont portées par des rentiers qui perdraient tout si un minimum de rationalité venait à irriguer la politique économique du pays. Des tergiversations ont grevé de leur poids la détermination des pouvoirs publics, fragilisés par une transition qui n’arrive pas à donner naissance à un autre modèle socioéconomique qui s’appuierait sur la production, la compétitivité et l’innovation. Depuis que la crise financière mondiale a pris son envol en 2007, l’Algérie a été secouée par une baisse drastique des recettes pétrolières à partir de septembre 2008, faisant descendre le prix du baril jusqu’à moins 50 dollars. Une deuxième fois, ce fut en mai- juin 2012, lorsque le baril s’est vendu à moins de 90 dollars. Sans trop s’attarder sur les raisons commerciales, géostratégiques ou cartellistes qui sont à l’origine de ces déconvenues, l’Algérie est aujourd’hui appelée à répondre à d’autres questions plus pertinentes et plus déterminantes. Il s’agit de savoir comment sortir de cet engrenage mortel qui risque d’intégrer notre pays dans la zone d’instabilité permanente où se jouent de faux printemps. Autrement dit, faire tout pour que, dans un avenir très proche, la loi de finances tire ses recettes d’autres activités économiques, que des capitaines d’industrie algériens et des partenaires étrangers auront investies, et pour que la part de la fiscalité pétrolière dans la loi de finances soit réduite à la portion congrue, idéalement moins de 10%. C’est dans les cordes de l’Algérie, pour peu que la volonté politique, exprimée par les hauts responsables de l’État, trouve son terrain d’application.
A.N.M
