Il y a 22 années, le 8 novembre 1992, était enterré au milieu de siens, sans qu’aucun officiel, ni même un représentant de l’organisation nationale des moudjahidine de Tizi-Ouzou n’assiste à l’enterrement de celui qui avait commandé le premier groupe de maquisards ayant déclenché la glorieuse révolution armée. «En 1992, pour le trente-huitième anniversaire du déclenchement de la révolution, nous savions que «le chef» Amar Merabet qui était tombé malade depuis quelques jours auparavant n’allait pas venir et tout le monde lui souhaita un prompt rétablissement dans l’espoir qu’il viendrait à bout de sa maladie mais une semaine plus tard, nous apprîmes que Da Amar avait, en fin de compte tiré sa révérence alors que nous tenions à sa présence comme à celle d’un patriarche qu’on souhaite immortel d’autant plus qu’il avait échappé à la guillotine coloniale. », nous raconte Ali, ce fonctionnaire quinquagénaire. «Grâce à Da Amar que ses compagnons d’armes appellent affectueusement, jusqu’à sa mort, «le chef», nous, les enfants de M’Kira avons pu connaître toute la genèse de cette nuit fatidique du premier novembre 1954 qui allait annoncer au colonialisme la fin de son ère et de son règne» nous déclare notre interlocuteur qui s’intéresse beaucoup comme ses nombreux camarades à l’écriture de l’histoire de sa localité. En effet, ce premier groupe de vingt combattants, à leur tête feu Amar Merabet allaient déclencher la plus illustre révolution que le monde ait à connaître d’autant plus qu’elle ne visait ni plus ni moins qu’à mettre fin à plus d’un siècle d’un colonialisme inhumain. Ces héros qui allaient marquer cette épopée étaient originaires de Tizi-Gheniff et M’Kira. Ces premiers maquisards avaient pour noms : Ali Zoughmaz, Essaid Zekrini, Slimane Nacef, Mohamed Nacef, Ali Aggrouche, Hanou Yahiaoui, Ahmed Yahiaoui, Mohamed Chaouchi, Mohamed Imerzoukène dit «Si El Mahfoud», Akli Heddar, Ali Mouna, Said Mouna, Ali Ammoura, Amar Derradji, Belkacem Hamnache, Mohamed Cheikh (08/05/1900-29/12/1979), Ahmed Tazekrit, Ali Benredjdal et Lounès Taoualit. Quelques jours après l’attaque menée contre le centre colonial de Tizi-Gheniff, selon les ordres donnés par Krim Belkacem, les représailles ennemies ne tardèrent pas à s’abattre sur eux d’autant plus qu’étant pour la plupart des militants du parti PPA/MTLD, ils étaient fichés et même recherchés, donc, un grand nombre parmi eux seront arrêtés, torturés avant d’être jugés alors que Nacef Slimane sera le premier martyr de la wilaya III historique, il mourra sous la torture le 07 novembre 1954 alors que ses compagnons continueront à subir les affres de leurs tortionnaires durant plusieurs jours, dans les locaux de la gendarmerie avant leur transfert à la prison de Tizi-Ouzou. «Feu Amar Merabet avait donc été détenu d’abord à la maison d’arrêt de Tizi-Ouzou du 11 novembre 1954 au 27 juillet 1955 alors que sa première condamnation à cinq années d’emprisonnement prononcée le 20 janvier 1955 par le tribunal correctionnel de Tizi-Ouzou fait état d’association de malfaiteurs, tentatives d’assassinats, incendie volontaire ainsi que pour atteinte à la sûreté de l’état. Feu Amar Merabet sera transféré à la maison d’arrêt d’Alger (Serkadji) où il séjournera du 27 juillet 1955 au 20 novembre 1956 mais entre temps, il passera devant le tribunal permanent des armées le 23 septembre 1955 qui le condamnera à la peine de mort commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Il sera ainsi transféré au groupe pénitencier d’El-Harrach où il restera du 20 novembre 1956 jusqu’au 14 juin 1957 date à laquelle il sera conduit à la prison de Lambèse jusqu’au 13 janvier 1958 puis il sera transféré en France à la prison centrale de Calvados jusqu’au 26 avril 1962. Il sera libéré du centre pénitencier de Tefeschoun, sur la côte algéroise», nous retrace son fils Smaïl au vu de son certificat de présence en détention.
Essaid Mouas
