Aït Yahia Moussa : Imzoughène, Ath Mouh Kaci, Agouni Ahcène – Des villages en marge du développement

Imzoughène, Ath Mouh Kaci et Agouni Ahcène, situés respectivement à sept, six et cinq kilomètres au nord-est du chef-lieu de la commune sont toujours en marge du développement en dépit de quelques petites opérations qui leur ont été inscrites dans le cadre des PCD.

Ils totalisent une population d’environ trois mille habitants. Dans ce versant, les habitants vivent un peu au temps des ténèbres. En effet, même le nombre de magasins d’alimentation générale ou encore de cafés maures est très réduit. Contrairement aux autres villages, il n’y a aucune infrastructure juvénile à l’exception de l’aire de jeux d’Ath Mouh Kaci. Aucun foyer pour jeunes n’y est prévu. D’ailleurs, c’est au stade que se rencontrent les jeunes de cette grappe de villages, notamment en été pour participer à des tournois de football. En raison de la déperdition scolaire, nombreux sont ceux qui se livrent aux petits métiers dès leur jeune âge. Certains sont devenus des bergers malgré eux alors que d’autres se livrent à la coupe de bois qu’ils revendent. En hiver, ils ont cette chance d’habiter à proximité d’un massif forestier qui donne jusqu’à Boumahni où ils capturent des grives et des merles qu’ils vendent souvent sur les abords de la RN 25. C’est l’une de leurs meilleures occupations. «J’aime la saison hivernale. Tout d’abord, les journées sont moins longues et puis il y a du travail. On coupe du bois, on chasse, on ramasse des olives. Au moins, on ne s’ennuie pas. Vous savez, ici, il n’y a rien d’autre comme loisir», nous dira un jeune d’Imzoughène qui commençait en ce cette fin de novembre à préparer ses pièges gardés dans une hutte juste à côté de leur logement construit dans le cadre de l’habitat rural. Disons, tout de même que ce village a bénéficié d’un quota conséquent en matière d’habitat rural parce que les demandeurs n’ont aucune contrainte pour surtout se faire délivrer des actes de possession. Comme édifice public, une seule école est construite sur tout ce versant au niveau d’Agouni Ahcène. Ainsi, les petits enfants d’Imzoughène parcourent plus de quatre kilomètres en aller et retour empruntant des sentiers sinueux encourant de multiples dangers. Ceux qui habitent le long du chemin communal les reliant à l’ex Oued-Ksari, actuel chef-lieu de la commune, ils font ce trajet sur cette route entièrement dégradée recevant de la poussière au visage au passage des véhicules. Pour faire leurs emplettes, les habitants sont contraints d’aller soit au chef-lieu soit encore à Draâ El-Mizan. Dans les deux cas, ils doivent peiner pour y arriver. Comme au «bon vieux temps», tout comme les années 70, ces villages manquent encore de transport. C’est grâce à des automobilistes «fraudeurs» qu’ils se déplacent même pour se faire examiner par un médecin ou encore se faire changer un pansement. Les deux routes qui mènent aussi bien au chef-lieu de commune que vers celui de la daïra de Draâ El-Mizan ne sont pas rénovées depuis des années. Concernant celle qui les relie à leur chef-lieu communal, elle a été inscrite, mais sachant que le projet de gaz naturel allait être lancé incessamment, les autorités ont préféré retarder le lancement du bitumage. «Pour le moment, il y a une opération de fossés bétonnés engagée sur ce chemin communal, mais pour son bitumage, il faudra que le gaz passe tout d’abord», nous répondra une source proche de l’APC que nous avions sollicitée à ce sujet. Par ailleurs, la route vers Draâ El-Mizan en passant par Dra Sachem, elle n’est pas encore à l’ordre du jour. A Ait Moh Kaci, la bretelle vers le chemin inter-communal ( Draâ-El Mizan-Iâllalen) a été revêtue en gravier de diamètre zéro40 en attendant son bitumage qui interviendra incessamment. Sinon, pour le reste du réseau routier, il est délabré. Au cours de notre virée sur les lieux, de nombreux citoyens se sont rapprochés de nous pour nous dire que la totalité des habitations nouvelles sont dépourvues d’électricité et d’assainissement. «La plupart n’ont que des fosses septiques. Le réseau d’assainissement est inexistant dans presque ces trois villages», nous fera savoir un habitant d’Ath Mouh Kaci. Ce qui est encore mystérieux est ce projet de réalisation d’une unité de soins à l’abandon depuis plus d’une vingtaine d’années. «Regardez cette construction en ruines. C’est une unité de soins abandonnée. On ne sait plus pour quelles raisons», fulminera un citoyen d’Agouni Ahcène car c’est dans ce village que ce projet y a été initié. Effectivement, de cette bâtisse, il ne reste que quelques briques et les poteaux. Tout a été détruit. En tout cas, on dirait une relique du passé. Nous avons déjà soulevé ce problème au maire sortant. Ce dernier nous a fait savoir qu’aucune trace n’existe au sujet de ce projet. « Nous avons cherché pour retrouver au moins sa fiche technique. Aucune trace. Nous ne savons même pas dans quel chapitre a été pris son argent», nous avait-il alors déclaré. Avec tous ces manques, cette grappe de villages ne demande que sa part de développement. D’ailleurs, les habitants d’Ath Mouh Kaci avaient fermé la mairie et la RN 25 à trois reprises pour demander l’eau potable, le gaz naturel et la prise en charge de la route qui mène vers leur village. L’APC actuelle, nous confiera une source locale, essaie tout de même de faire rattraper ce retard aux villages sus-cités. A quand alors ce sursaut ?

Amar Ouramdane