Le graffiti se propage à travers la wilaya de Béjaïa – « Les graffiteurs sont des artistes à part entière »

Les rues de la wilaya de Bgayet (et d’ailleurs) deviennent une espèce de livres à ciel ouvert. À travers des graffitis plurilingues, déclinant une multitude de signes, nos murs suggèrent la diversité et rendent compte de la complexité des rapports et des contradictions qui traversent la société. «Loin d’être une simple affaire de curiosité le graffiti exprime, à travers des mots et des signes, le nécessaire besoin de communiquer et de se dire, qui est le fondement même de ce que l’on appelle un message», explique un  psychologue d’Akbou. Le mur sert ainsi de support à la contestation et au ras-le-bol des laisser-pour-comptes, des exclus et de la plèbe en général. Les jeunes se réapproprient volontiers cet espace, pour y graver leur frustration sexuelle, crier le rejet dont ils sont victimes, dénoncer une injustice (réelle ou supposée) ou exprimer une soif de liberté le tout par le truchement de dessins iconiques et linguistiques, faisant parfois la part belle au vulgaire et à l’obscène. Dans certaines villes comme Seddouk, Guendouze et Ighzer Amokrane, les graffiteurs se sont investis dans un travail de création linguistique et artistique. Les représentations figuratives à l’allure de fresques murales renvoient à un certains nombre de faits réels ou fantasmés. En véritables artistes, les graffiteurs ont fait l’impasse sur les usages normés de la langue. Ils ont donné aux mots une matérialité confinant au dessin qui, sinon interpellent, du moins accrochent le regard du passant. «C’est une forme de communication qui relève de l’ordre du visible et du lisible pour ainsi dire. Les graffiteurs sont des artistes à part entière, ce qui manque, c’est plutôt les reconnaitre en tant que tels», souligne un autre psy d’El Kseur. Pour sa part, un sociologue de Bgayet soutient que «les relations signifiantes du langage artistique sont à découvrir à l’intérieur d’une composition. L’art n’est ici qu’une œuvre d’art particulière, où l’artiste instaure librement des oppositions et des valeurs, dont il joue en toute souveraineté n’ayant ni de réponse ni e contradiction à éliminer, mais seulement une vision à exprimer, selon des cirières, conscients ou non, dont la composition entière porte témoignage et devient manifestation». Problématique identitaire, convictions politiques ou simple foucade, le graffiti constitue, néanmoins, une pratique langagière régie par ses propres règles et ses propres codes. «Le graffiti peut s’avérer une référence qu’il faut, par conséquent, appréhender comme une marque linguistique et discursive, porteuse de sens pour la société», résume notre interlocuteur.

N. Maouche