Comme partout ailleurs, Bounouh a eu sa Zaouia, un lieu de savoir, qui dans le temps était un lieu de prédilection pour tous ces talebs ( étudiants) qui voulaient apprendre le Coran et la Chariaâ Islamique.
Selon des témoignages recueillis auprès des habitants de Baâli sur les hauteurs des Ath Smail ( Bounouh) , il y avait des centaines d’Algériens de toutes les régions du pays formés dans cette Zaouia édifiée par le Cheikh Sidi Mohamed Ben Abderahmane. Sur les lettres de cet érudit théologien, il était écrit qu’il était même un descendant de la fille du Prophète Mohammed QSSL en l’occurrence Fatma El Zahra. Durant la décennie noire avec l’avènement du terrorisme et son corollaire l’insécurité il n’y restait personne. Tout le monde quitta les lieux et cet endroit tomba entre les mains des salafistes qui interdirent même la célébration des fêtes musulmanes telles l’Achoura ou El Mouloud. Avec le retour de la sécurité le comité des villages d’Ath Smaïl reprit en main la situation. «Nous nous sommes réunis et nous avons longuement discuté ce problème. L’initiative a été alors prise de la restaurer et d’entamer son extension», nous dira El Hadj Rabah Boukhalfa, un membre du dit comité et personnalité influente dans la région qui nous accompagnera vers ce lieu. Une fois arrivés sur les lieux, notre guide nous fera visiter tout d’abord la grande salle, puis le mausolée. Un peu plus bas, c’est une grande mosquée qui s’élève sur deux étages. «Au sous-sol, ce sont les sanitaires et la salle d’ablutions pour hommes. Nous avons au premier étage, une mosquée et au deuxième une autre pour les femmes. La salle d’abutions pour les femmes est en cours de réalisation», ajoutera notre accompagnateur. Il nous montrera du doigt les deux salles de cours et deux autres à l’étage qui font office de dortoirs aux étudiants. «Maintenant, il y a un retour de nombreux apprenants qui viennent y étudier. Ils sont pris en charge entièrement. Nous avons des enseignants dans toutes les filières. Là bas, c’est une autre bâtisse en construction. Au rez-de-chaussée, c’est le réfectoire. Les travaux sont en cours pour la partie restante», enchaînera El Hadj Rabah. Interrogé sur le nombre de talebs inscrits actuellement dans ce haut lieu de savoir, il nous dira qu’ils sont une quarantaine. «Il y a ceux qui arrivent et ceux qui partent. On n’a pas le chiffre exact», poursuivra-t-il. El Hadj Rabah Boukhalfa profitera de notre présence pour appeler les habitants de Bounouh à contribuer à l’extension de cette Zaouia, la fierté de la région. «Nous remercions tous ceux qui ont contribué à la restauration et à l’extension de la Zaouia Sidi Abderahmane », conclura El Hadj Rabah. Sidi Mohamed Ben Aberahmane est né aux environs de 1715 au village Baâli. Il commença ses études à la Zaouia de cheikh Essedik Ouarab Nait Irathen avant de se déplacer à Alger, puis à l’université El Azhar du Caire en Egypte. Il consacra plus d’un quart de siècle de sa vie à apprendre la Chariaâ (La loi islamique). Quand il parlait de lui-même, il disait qu’il avait appris le Fiqh et sa science du Cheikh Ali Ben Ahmed Essadek El Adaoui. Quant aux sciences de vérité qui est une chaîne de la méthode El Khaloutia, il les avait acquises auprès du Cheikh Mohamed Salem El Hafnaoui. En découvrant chez Cheikh Ben Abderahmane des capacités sur l’éducation et l’orientation, Cheikh El Hafnaoui le chargea d’une mission qu’il devait accomplir au Soudan où il invitait les gens à suivre le chemin de Dieu et de son Prophète en s’appuyant sur le Coran et la Sunna. Après son succès, il fut envoyé en Egypte. C’est en 1769 qu’il revint en Algérie pour s’installer à Ath Smaïl où il édifia sa Zaouia pour y enseigner le Coran et les sciences islamiques en appliquant sa méthode la Tarika Errahmania. Beaucoup de personnes venaient chez lui. Quelques années après, il décida d’aller à Alger et il s’installa à El Hamma où il érigea une autre Zaouia. Lorsqu’il lui arrivait de recevoir des gens qui venaient lui demander conseil et quelques fois des soins, il leur disait : «Suivez le Coran et la Sunna. C’est le chemin qui mène vers Dieu et éloignez-vous des superstitions». Il décéda en 1793 après avoir diffusé largement sa méthode qui fut adoptée par de nombreux Oulémas et Théologiens renommés à l’instar du Cheikh Abderahmane Edissi, Cheikh Achour, Cheikh Mohamed Abu El Kacem, Cheikh Abdellah ben Habba et bien d’autres…
Amar Ouramdane

