C’est dans une ambiance de joie et de fraternité que le colloque, organisé sur l’oeuvre et le parcours de Si Amar U Saïd Boulifa, s’est clôturé hier.
Les organisateurs, à savoir l’entreprise d’organisation des manifestations culturelle, économique et scientifique, EMV, se disent « satisfaits » de l’impact qu’a eu cette rencontre. En effet, la joie se lisait sur les visages des présents, notamment sur ceux des membres de la famille de Boulifa, lesquels étaient très contents que cette entreprise ait pensée à ressusciter l’un des leurs, qui fut « marginalisé », selon leurs dires, du fait qu’aucune structure d’Etat ne porte son nom. L’organisateur, M. Malek Amirouche en l’occurrence, nous dira à propos de cette rencontre : « Je ne m’attendait pas à ce que ce colloque ait un tel succès. Sincèrement, je suis très satisfait ». Interrogé sur le but de cette rencontre, il nous répondra : « L’organisation de ce colloque pédagogique dans la ville de Larbâa Nath Irathen n’est pas fortuit, car il s’agit de sa région natale, le berceau de sa pensée. À travers ce clin d’œil à la terre de ses origines, c’est une partie de son œuvre et de son honorable parcours qui sera mise en exergue. Une reconnaissance bien insuffisante au regard de ce qu’il mérite ». Et de terminer : « Ce colloque n’a pu être concrétisé que grâce à la contribution des donateurs, du mouvement associatif et des PAC. Aussi, la présence en force de chercheurs et conférenciers y est pour beaucoup dans la réussite de ce colloque ». Effectivement, de nombreux conférenciers ont été présents à cette rencontre, à l’image de Abdenour Abdeslam, Kerdja Omar, Bilek Hamid et Saïd Chemakh. À tour de rôle, ils ont animé des communications dans lesquelles ils ont mit en exergue l’œuvre de Boulifa, malgré la complexité de cette dernière. Pour la première journée, après l’ouverture, M. Bilek, sous-directeur du HCA et chercheur en la matière, avait animé une communication intitulée «Missionnaire en faveur de son identité ». Omar Kerdja, lui, avait retracé le parcours de cet homme aux mille talents. S’ensuit la communication de M. Abdenour Abdeslam, intitulée « Boulifa, fustige Hanotaux à propos de la femme kabyle », notamment au regard néfaste de l’administrateur de Fort National quand il avait décrit la femme comme étant une marchandise. Un regard que Hanotaux a déduit des coutumes relatives au mariage. Bien entendu, il s’agit de la dote (une somme d’argent symbolique que le père du marié donne au père de la mariée lors de la Fatiha). Ce dernier a porté le jugement que les parents vendent leurs filles, chose que Boulifa avait rejeté en disant : « Un étranger ne peut pas comprendre les moeurs et les traditions d’une société en se basant sur des études faites de l’extérieur ». Pour Boulifa, la société kabyle et algérienne, en générale, donne une importance primordiale à la femme. Concernant la deuxième journée de cette rencontre, deux communications ont été animées par M. Bilak et M. Kerdja. Il est à signaler que deux autres conférenciers avaient eu des empêchements et n’ont pas pu venir. À 9 heures, la première communication fut donnée par M. Kerdja Omar, sous le thème : « La place de la femme dans l’oeuvre de Boulifa ». Le conférencier était revenu sur l’importance de la femme dans la société kabyle, mais aussi, il a insisté sur les raisons de la première réunion faite à propos de l’héritage de la femme. Effectivement, selon ce conférencier, la première réunion sur l’héritage de la femme a eu lieu au niveau de Fort National, vers les années 1730, au lieu-dit Thazraout sis au village Aguemoune. Dans cette réunion, il a été question de l’héritage de la femme, et l’assemblée est arrivée à une conclusion qui consiste à ne pas donner à cette dernière sa part de l’héritage. « Justement, c’est grâce aux travaux de Boulifa que nous avons eu connaissance de cette réunion », dira M. Kerdja. Et d’ajouter : « Ce n’est pas un hasard si cette assemblée ait pris cette décision, mais, plutôt, de nombreuses raisons ont poussé cette dernière à le faire. Parmi elles : la guerre. En effet, les hommes étaient appelés à faire des guerres à l’étranger, lors de la colonisation turque. Beaucoup de femmes ont dû vendre l’héritage de leurs époux à cause de la misère. De retour de la guerre, les hommes se retrouvaient dépourvus du seul bien qu’ils avaient, surtout à cette époque où la terre restait la seule source de revenu. Toutes ces raisons ont été à l’origine d’une telle décision. Mais en contre partie, ils ont dicté des directives pour les hommes de ne pas dépourvoir la femme de tout héritage. Et c’est grâce aux oeuvres de Boulifa et à ses recherches que nous avons pu apprendre, ne serait ce qu’un peu de notre histoire ». Juste après, une autre communication intitulée : « La contribution de Boulifa dans l’archéologie en Kabylie », fut donnée par M. Bilak. « Boulifa était le précurseur, l’un des premiers à faire ce genre de recherches. À son époque, le colonisateur refusait tout déplacement, mais lui a pu le faire. Et c’est grâce à lui que les vestiges rupestres d’Ifigha, dans la localité de Bouzeguène, ont été découverts en 1909. D’ailleurs, c’est grâce à ces recherches que des fouilles sérieuses ont été faites, plus tard, sur ce site. Il avait aussi ressenti de faire des recherches notamment dans le Sébaou. En effet, un document intitulé : « Travaux sur documents archéologiques, découvertes dans le Haut Sébaou », a été apparu dans ce sens en 1911 ». Le conférencier mis l’accent sur sa claire voyance et son éveil et dira : C’est un homme qui a touché à tous les domaines, notamment l’histoire, l’anthropologie et la langue berbère ». À la fin de ces deux conférences, un débat très riche fut ouvert pour répondre aux multiples questions de la population présente qui a affiché un intérêt sans précédent à ce colloque.
Youcef Ziad

