Quoi qu’en aient pu dire et promettre les responsables, la politique mise en place en matière d’amélioration urbaine depuis 2005 laisse dans l’ensemble, après constat, comme un arrière-goût amer.
Il n’y a, en effet, qu’à se promener un instant dans les rues de nos villes et de nos villages pour se rendre compte de la situation qui y prévaut en la matière. Pourtant, l’Etat, soucieux du cadre de vie du citoyen, a mis de gros moyens pour le rendre plus attrayant. Qu’on en juge : de 2005 à 2014, la wilaya a bénéficié d’une enveloppe estimée à 300 milliards de centimes pour le financement d’opérations de revêtement des rues, de réfection des trottoirs, d’aménagement d’espaces verts et pour l’assainissement dans les 45 communes. Presque toutes ces opérations ont été conduites à leurs termes. Si l’on prend le côté positif de la chose, on s’aperçoit que ces gros efforts financiers ont créé de l’emploi, quoi que de façon fort limitée, et de la richesse, quoi qu’au profit quasi exclusif des entrepreneurs, dont nombre ne disposent ni de grands moyens ni d’un savoir-faire avéré. Le résultat est sous nos yeux : des rues à peine revêtues qui se dégradent à vue d’œil, des trottoirs qui, aussitôt refaits, se dépavent, des espaces verts qui retournent à l’état sauvage dans l’instant qu’ils sont créés, des réseaux qui éclatent peu de temps après les travaux… Bref, la pilule est dorée, mais elle est bien amère. Et le premier concerné en l’occurrence le citoyen, n’a pas le sentiment que les choses s’améliorent, mais bien au contraire. A cet égard, la ville de Bouira, qui s’est taillée la part du lion dans les programmes ayant jalonnés les trois derniers mandats présidentiels, y compris le programme complémentaire, dernier en date à se mettre en place, est l’illustration parfaite de nos propos, l’ancienne ville notamment. Quelle est, effectivement, la rue qui n’a pas ses nids-de-poule, le trottoir qui n’a pas ses pavés arrachés ou branlants, le réseau d’AEP ou d’assainissement qui n’est pas en état de vétusté avancé et dont les réparations remettant tous les travaux achevés en cause ? Quelles sont, en effet, les places publiques, les squares ou les espaces verts qui correspondent à l’idée que l’on peut s’en faire ? Bancs exposés aux intempéries en hiver et à l’ardeur du soleil en été ces mêmes bancs démolis comme au square Si El Haouès ou au parc Gouizi Saïd, trottoirs branlants et giclant de l’eau boueuse, quand il ne sont pas squattés complètement par les commerçants riverains qui y exposent leurs marchandises, espaces verts retournés à l’état sauvage et qui n’ont rien de vert…Que ceux qui contestent la véracité de ces informations fassent un tour dans l’ancienne ville ou du côté de ce quartier en face de la CNAS, où les passants barbotent comme des canards dans une boue liquide, ou encore du côté de l’ECOTEC, où les rues complètement défoncées se transforment en mares quand il pleut, pour constater de visu cet état de faits. Mais l’endroit le plus inquiétant et le plus représentatif de cette dégradation rapide est sans doute le square Si El Haouès. Autrefois lieu recherché et fréquenté naguère pour sa beauté son calme, son ombre, sa fraicheur, il en est aujourd’hui la parfaite antithèse et fait fuir les promeneurs pour mille raisons. Défiguré par la main de l’homme, ou plutôt par celle de l’ancien maire qui en a abattu les murs de clôture sous prétexte de l’ouvrir aux familles, sali abondamment par une nuée d’oiseaux très bruyants qui ne le quittent ni de jour ni de nuit, s’apparentant à la grue huppée et blanche, les quelques personnes qui s’y hasardent ne restent jamais longtemps, incommodées par l’odeur et la saleté ambiante. Nous avons déjà signalé dans un précédent article cet abandon qui tue les arbres après avoir fait périr les fleurs et les arbustes qui le décoraient. Si nous en parlons cependant, ce n’est pas pour nous répéter, mais c’est pour informer que cet état pourrait durer longtemps encore faute d’une prise en charge sérieuse de ce problème. C’est ce que nous apprenions récemment de cet élu chargé de l’environnement. Le projet de restauration de ce jardin public datant des années 30 se heurte à un problème de financement. L’enveloppe allouée à cette opération est trop en deçà des montants proposés par les entreprises sous missionnaires, selon notre interlocuteur. Il y a un peu plus d’un an, un concours d’architecture a été lancé et on croyait savoir que le projet était en train de voir le jour. Eh bien, il parait que non, et ce, à cause de l’enveloppe qui s’avère peu consistante. Dommage, car l’image de la ville en dépends. En revanche, nous apprenions de la bouche de cet élu que l’entretien des jardins et autres espaces verts va être confié dès l’année qui commence, à des équipes de jeunes pour les préserver de la dégradation et des salissures… Comment penser donc à l’amélioration urbaine sans s’occuper sérieusement des anciens jardins publics et des espaces verts qui dépérissent ou retournent à l’état sauvage, aux rues et aux trottoirs de l’ancienne ville, mais également dans la nouvelle ville, lesquels se dégradent de jour en jour? Dans une ville où les bacs à ordures s’alignent le long du trottoir à l’entrée de la place des martyrs, et les ordures jonchent la place Rahim Galia, réduite par les commerces ambiants aux dimensions d’une peau de chagrin, les efforts pour un cadre de vie meilleur semblent subir un démenti cinglant.
Aziz Bey

