Chanson : Mamou explique ses 30 ans d’absence de la scène – «Avec la montée de l’intégrisme, c’était la peur»

Mamou, de son véritable nom Mohamed Benzaïd, est un artiste hors du commun. Ayant fait ses débuts dans la musique et la chanson au lycée El Hammadia de Béjaïa en 1984-1985, il a toujours refusé de produire de la médiocrité. Il lui a fallu attendre 30 ans pour qu’il mette sur le marché un album à écouter : Un vrai chef d’œuvre ! Une patience pareille mérite un respect incontestable et encore, il l’a fait pour l’amour de l’art. Disponible sur le marché commercial depuis mars 2014, l’album « Ad Nfugh » annonce la renaissance de la chanson kabyle bougiote. Mamou a eu l’amabilité de répondre à nos questions. Écoutons-le.

La Dépêche de Kabylie : Relatez-nous votre parcours depuis la fondation de votre ex-groupe «Les 4 vitesses» et pourquoi avoir attendu 2014 pour produire un album ?

Mamou : En fait, je n’ai pas attendu. D’ailleurs, il en était question en 1990. Mais, en 1991 avec la montée de l’intégrisme, c’était carrément la peur : Que fera-t-on de nous les artistes ? Personnellement, je ne peux pas vivre sans musique, comprenez-moi. Puis, avec la décennie noire, je pense qu’il est inutile de vous dire qu’on ne pouvait pas nous amuser avec ce qui se passait. Enfin, ce n’est que vers 1999 – 2000 que la stabilité a commencé à revenir. Donc, j’ai essayé de reconstituer un groupe.

Étaient-ce les mêmes membres de l’ancien groupe ou d’autres ?

C’est vrai qu’au début, je voulais reconstituer le même groupe mais nous nous sommes rendus compte tout de suite que nous n’avions pas les mêmes objectifs. Donc, cela n’a pas marché.

L’essentiel c’est que maintenant, vous avez quand même, malgré les contraintes, réussi à mettre sur le marché commercial un bel album. Nous avons remarqué que vous avez été très méticuleux dans le choix des musiciens.

Bon, puisque vous l’avez remarqué eh bien, je vais vous le dire. J’ai la chance d’avoir tous les moyens qu’il faut pour faire du bon travail et de plus, je suis moi-même le producteur. Donc, j’ai mis le paquet dans le choix des musiciens pour sa réalisation.

Vous avez aussi mélangé des musiciens du chaâbi, du rock… etc. Peut-on parler d’un style ?

Écoutez, la musique algérienne, c’est effectivement le chaâbi, le moderne, le banjo mais avec des techniques universelles. Donc, j’ai mis aussi du celtique, du folk et du rock.

Parlons maintenant de l’arrangeur que vous avez choisi, Samir Sebbane en l’occurrence.

En fait, je connaissais son travail, surtout le duo Samir et Youva dans l’album des Abranis et beaucoup d’autres.

Vous par exemple, vous utilisez la guitare folk ?

Eh bien, c’est l’instrument que je joue. D’ailleurs, même quand je compose, je le fais avec une guitare.

Il y a aussi deux duos, Djamel Allam et Akli D.

Concernant Djamel Allam, je l’ai invité parce que j’ai repris sa chanson. Quant à Akli D, eh bien, c’est la chanson que j’ai composée qui m’a fait penser à lui. Cette chanson se chante vraiment avec son style. De plus, dans ce nouvel ordre mondial de la musique, il y a des chansons que l’on ne peut chanter seul. Il fallait qu’elle soit chantée en duo et c’était bien Akli D qu’il fallait, vu son style.

Venons maintenant aux textes. Vous avez choisi plusieurs paroliers. Est-ce vous qui leur demande ou alors on vous fait des propositions ?

Ah là c’est moi qui choisis les thèmes. À chaque fois que je m’adresse à un parolier, je lui dis ce que je veux. Donc, c’est selon mon choix.

Êtes-vous satisfait de votre travail maintenant que c’est un produit fini ?

Oui, mais je pense qu’on aurait pu faire mieux. Vous savez, on n’est jamais satisfait. On veut toujours plus et mieux.

Vous connaissant bien, nous savons que ce n’est pas un produit commercial que vous avez mis sur le marché. N’est-ce pas ?

C’est vrai. Je suis moi-même le producteur et j’ai confié la distribution gratuitement à un éditeur qui ne m’a donné aucun sou. Personnellement, je n’attends rien. Tout ce que je souhaite, c’est que cela plaise.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?

J’espère que cet album plaira aux gens et je souhaite la paix à l’Algérie et au monde entier.

Propos recueillis par Kamel At Slimane