C’est un Abdelmalek Sellal serein, confiant et rassurant qui s’est présenté aux Algériens, mercredi dernier, dans l’émission «Hiwar El Saâ», diffusée à 19h sur l’ENTV.
Lors de son intervention, laquelle a duré 46 minutes, le Premier ministre a répondu aux questions des journalistes, relatives à l’actualité du pays. Le chef de l’exécutif gouvernemental s’est exprimé sur la chute des prix du pétrole et leurs répercussions sur l’économie nationale et le programme tracé par le chef de l’Etat, la politique gouvernement en matière d’emploi et de création de richesses, mais aussi et surtout sur l’épineux dossier de l’exploitation du gaz de schiste.
«L’exploitation du gaz du schiste n’est pas au programme»
Sur ce dernier point, lequel a mis ces dernières semaines le sud du pays en ébullition, notamment dans la wilaya de In Salah, où la population a exprimé son refus franc et massif vis-à-vis de l’exploitation de cette énergie, le Premier ministre, s’est montré catégorique et rassurant sur le sujet «Non, l’exploitation du gaz du schiste n’est pas au programme du gouvernement. Ce qui a été entrepris par la Sonatrach, est uniquement une étude technique, qui nous permettra d’en savoir plus sur cette nouvelle technologie et comment la maîtriser», a-t-il assuré d’emblée. M. Sellal, ajoutera par la suite que ces études techniques ont été lancés dans un seul et unique but «Pourvoir maîtriser cette ressource le moment opportun (…) Nous sommes un Etat responsable, qui pense à l’avenir de ses citoyens et aux générations futures. Selon nos prévisions, nos réserves de gaz et de pétrole seront épuisées d’ici 2037. Je le dis et je le répète, les deux forages entamés à In-Salah, ne sont qu’expérimentaux et ils vont être arrêtés d’ici peu, le temps d’étudier les résultats de ces explorations sur les plans techniques, environnementaux et commerciaux». Le temps aussi, ajoute M. Sellal, «de permettre à la Sonatrach de maîtriser la technologie d’exploitation de cette énergie non conventionnelle et de former les ingénieurs pour les besoins du projet». Et d’enchaîner «De plus, nous avons également investi dans les énergies renouvelables, notre énergie ne dépend pas uniquement du gaz du schiste ou bien des hydrocarbures. Que la population se rassure», a-t-il certifié. Dans la foulée et à propos des évènements qui ont secoué la wilaya d’In Salah et les manifestations des «anti-gaz de schiste», le Premier ministre a dit «comprendre» l’inquiétude des citoyens, tout en précisant que «Si j’avais le choix entre le gaz de schiste et la sauvegardes des ressources hydriques, il est plus qu’évident que mon choix irait vers la sauvegarde des nappes phréatiques. L’eau, c’est la vie !», a-t-il insisté.
La chute des prix du pétrole «peut être bénéfique»
La question de la chute vertigineuse et brutale des prix du pétrole a été évoquée en longueur, puisqu’elle a pris les deux tiers du temps de l’intervention de M. Abdelmalek Sellal. A ce sujet, le Premier ministre fera preuve d’honnêteté à l’égard des Algériens, préférant le langage de vérité à celui de la langue de bois. «Selon la quasi majorité des experts, le baril à 120 dollars, c’est fini. Au mieux dans les prochaines années, les prix du Brent vont se stabiliser aux alentours de 77 dollars le baril», a-t-il tenu à expliquer. Par la suite, M. Sellal dira que cette baisse des cours de l’or noir, est en apparence une « malédiction, mais qui pourrait s’avérer bénéfique pour notre économie», a-t-il estimé. «C’est une chance pour l’Algérie dans la mesure où cela devrait nous permettre de sortir d’une économie de rente afin de bâtir une économie productive, diversifiée», a-t-il lancé. Comment ? Le Premier ministre expliquera qu’il est « grand temps pour l’Algérie de sortir de l’économie rentière et qu’elle puisse se baser sur d’autres industries qui vont lui permettre d’exporter en premier temps vers les pays africains. Quand n’importe quel pays peut maîtriser ses exportations et peut contrôler le marché mondial hors hydrocarbures, c’est à ce moment-là qu’il peut être considéré comme étant un Etat fort». Et de continuer sur sa lancée en indiquant que «En fin d’année, nous allons organiser un Forum économique avec nos partenaires africains, afin que nous puissions ouvrir le marché africain à nos industriels et ils existent, pour qu’ils puissent investir ce marché plus que porteur et prometteur», annoncera-t-il. Concernant l’impact direct de l’effondrement des prix du pétrole sur l’économie nationale et les projets du gouvernement, notamment dans le volet sociale et la politique nationale de l’emploi, le chef du gouvernement, a été des plus rassurant : «Grâce à la politique de monsieur Abdelaziz Bouteflika et à ses orientations, notre gouvernement a relativement anticipé cette crise. La preuve, le plan quinquennal 2015-2019 et tous les autres projets, ont été étudiés et inscrits sur la base d’un baril à 60 dollars. Avec la conjoncture actuelle et toutes les difficultés que nous traversons du fait de cette baisse que personne n’attendait, notre déficit ne sera que de l’ordre de 15%», a-t-il noté. Dans la même optique et toujours en prônant un discours rassurant, voire optimiste, M. Sellal fera rappeler que grâce à la politique «de bonne gouvernance » menée par le chef de l’Etat depuis les années 2000, l’Algérie possède des réserves de change, à même de lui garantir un bon fonctionnement, même en ces temps difficiles. « Certaines s’interrogeaient sur les réserves de l’Algérie et à quoi elles pouvaient servir. Je réponds : Elles sont là et elles vont nous permettre de continuer sereinement notre politique de développement». Avant d’ajouter : «Nous n’avons plus de dettes au niveau du FMI. L’Algérie est forte et a son poids et son mot à dire. Chose qui nous permet d’être relativement à l’aise et ne subir aucune pression pour poursuivre notre politique socioéconomique», a-t-il dit. Dans le même sillage et à propos de la politique sociale engagée par l’Etat, M. Sellal a été on ne peut plus clair sur le sujet : «Notre politique sociale ne changera pas d’un iota. Nous allons poursuivre de construire des écoles, des logements, raccorder les citoyens à l’eau et à l’électricité etc. Le tout, sans pour autant porter atteinte à nos réserves. C’est en cela que consiste notre équation et notre politique : Continuer notre marche en avant, préserver notre souveraineté notre économique sans nous exposer aux gaspillages», a-t-il martelé.
«Les entreprises devront nous aider»
Mais comment garantir la poursuite des reformes et des projets engagés, sans pour autant «vider» les caisses de l’Etat ? C’est là le fond du problème et la clé de l’équation. Selon M. Sellal, qui reprend ce qui a été déjà annoncé par le ministre des Finances, M. Djellab, à savoir que toutes les entreprises économiques publiques vont financer leurs investissements (lorsqu’ils sont importants) à travers le marché obligataire. Concernant la rationalisation des importations décidée par le Conseil des ministres restreint en décembre dernier, M. Sellal, a considéré que les dispositifs réglementaires ne pouvaient pas, eux seuls, cadrer le marché et que la concurrence devrait jouer son rôle. «Les entreprises devront nous aider», a-t-il appelé. Afin d’illustrer cette nouvelle politique, le Premier ministre citera l’exemple de l’extension de l’Aéroport Haouari Boumediene d’Alger : «Le projet d’extension de cet aéroport, d’une enveloppe de près de 70 milliards de dinars, sera financé par l’Entreprises de gestion de l’aéroport d’Alger, à travers le recours à un crédit bancaire», a-t-il expliqué. Avant de poursuivre en citant un autre exemple, celui du futur mégaprojet du port d’Alger centre. «Ce projet, qui fait plus de 100 fois la superficie de l’actuel port d’Alger et qui sera implanté à proximité de Ténès, sera financé par l’Entreprise du port d’Alger». Pour ce faire, M. Sellal, n’a pas omis d’appeler les investisseurs publics et privés à «investir en masse le marché pour créer de la richesse et surtout des postes d’emploi».
«Le gouvernement continuera à soutenir l’emploi des jeunes»
S’agissant de la politique de l’emploi menée par le gouvernement, spécialement l’emploi des jeunes, l’hôte de l’émission «Hiwar El Saâ», s’est montré confiant en indiquant que «Le gouvernement continuera à soutenir l’emploi des jeunes et sa politique ne changera pas, en dépit de la chute des prix du pétrole sur le marché mondial». En outre, il s’est également engagé à ne pas rogner sur les diverses formules relatives à la création d’entreprises par les jeunes et les encourager vers l’esprit entreprenariat «Le gouvernement continuera à encourager les jeunes à créer leurs entreprises», tout en précisant que le taux de crédits accordés à cette catégorie en 2014 a augmenté de 51% par rapport à 2013. Questionné à propos du gel des postes budgétaires dans la fonction publique, le premier ministre précisera le fait que «la fonction publique n’est pas le plus gros pourvoyeur d’emplois en Algérie. Certes, il a une part importante, mais pas la principale», a-t-il indiqué avant d’annoncer que certaines administrations de fonction publique, tels que la police, et autres administrations qualifiées de «non vitales», devront selon M. Sellal «patienter» un certain temps «Certaines administrations relevant de la fonction publique connaîtront un certain recul au niveau de leur recrutement. Comme je l’ai indiqué nous avons une équation à résoudre et une conjoncture à respecter», dira M. Sellal. En dernier, M. Sellal a également précisé que le gel des recrutements ne concernera pas les secteurs dits «stratégiques» comme la Santé l’Education et l’Enseignement supérieur, soulignant que la réalisation des projets relatifs à ces secteurs, inscrits au titre du prochain plan quinquennal seront maintenus.
Ramdane Bourahla

