»Je suis à la recherche d’un style personnel »

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Les statues représentant des moudjahiddine de Béjaïa, celles des frères Aroudj et Kheirdine au musée du Moudjahid, le buste du président Boumediène à Kherrata,d’autres réalisations à Guelma et Annaba. Les œuvres de Smaïl sont disséminées à travers tout le territoire national.Mais plus récemment, sa plus belle réussite est la statue du grand Bouddha en Thaïlande. Et puis ce nouveau style sur bronze et sur marbre affirme n’être ni du classicisme ni de l’impressionnisme. «Je suis à la recherche d’un style personnel», nous confie dans cet entretien celui qui réside à Carrare, le paradis des sculpteurs où il a acquis la maîtrise de son art préféré.Né le 24/11/ 1946 à Aokas, il y fait ses premières études, puis rejoint le lycée Ibn-Sina à Béjaïa pour ses études secondaires avant d’atterrir à l’Ecole nationale des beaux-arts où il obtient un court séjour et élit domicile à I’Académie de Carrare en Toscane pour connaître son accomplissement.

La Dépêche de Kabylie : Qu’en est-il des sculpteurs en Algérie ? Smaïl Zizi : Oser parler d’art en Algérie en cette période de régression généralisée et au sortir d’une longue « nuit barbare »où l’Algérien a failli se déshumaniser est, j’ose à peine le dire, une gageure. A voir le déclin du théâtre, de la musique et de la littérature qui, pourtant, se portaient bien il y a quelques années et avaient toutes les chances de connaître un essor, est assez significatif d’une ère de décadence où ne peut s’affirmer un art déjà quasi inexistant en tant que tel la sculpture. Cela dit, je ne cherche pas à trouver une excuse à trouver des échappatoires accommodants pour les intellectuels et les artistes qui portent une grande responsabilité dans ce qui ce passe. Malgré tout, je garde espoir quitte à créer des électrochocs sur notre société.

Et à travers votre expérience dans le pays ?Quand j’ai essayé de travailler ici, je me suis partout heurté à des obstacles bureaucratiques lesquels, à franchement parler, ne peuvent en aucun cas aider l’artiste à « accoucher » d’une œuvre d’art. Parler de création et d’innovation dans ce contexte-là, c’est tout simplement du délire. L’épisode de Annaba, où la non- délivrance d’un bon de commande par les responsables concernés pour l’enlèvement d’un bas-relief que j’ai réalisé, ainsi que le non-versement de mes honoraires restera toujours pour moi un mauvais souvenir. Il est révélateur, par ailleurs, de cette mentalité « d’indigence culturelle » qui a tant fait mal au pays.

Aurait-il existé un public quand même ?Je pourrai dire qu’il y eu un certain intérêt pour cet art jusqu’à la fin des années 1980, mais, après, ce fut autre chose.

Peut-on dire que c’étaient des amateurs de cet art en tant que tel ? Non, je ne le pense pas, mais il y avait quand même cet intérêt qui, hélas, n’a pas fait long feu.On dit de M. Zizi qu’il fait tout, de la conception jusqu’à la touche finale.Oui, je m’occupe de tout et c’est comme ça que j’aime faire mon travail. Je préfère m’occuper moi-même de la taille directe parce que j’aime assister au spectacle stupéfiant et sans cesse renouvelé de la naissance progressive de l’œuvre par touches successives. Et puis, un sculpteur a intérêt à maîtriser plusieurs techniques qu’il mettra à contribution selon la matière qui se prête le mieux à la concrétisation d’une idée, le marbre, l’argile, la pierre. Cela dit, des sculpteurs de renom, Henri Moore, César et bien d’autres se contentent de la conception de leurs œuvres en laissant le soin à d’autres professionnels de réaliser leurs travaux.

Par vos œuvres, vous situez-vous dans l’espace scuIptural aIgérien ?Je me vois mieux comme un artiste s’inscrivant dans l’universalité, je me situe plutôt par rapport à ce qui se fait actuellement de par le monde. Sans que j’y vois la moindre hostilité ou contradiction avec mon appartenance algérienne. D’ailleurs, j’aurai aimé si les conditions s’y prêtaient, enseigner en Algérie, y apprendre aux autres la technique de la taille directe, c’est très important. Un projet me tient à cœur, rentrer au pays spécialement pour des recherches sur la culture algérienne, pour opérer une sorte de retour aux sources.

Si on avait à vous comparer aux sculpteurs de l’Antiquité, seriez-vous Praxitèle, le premier à dénuder complètement la déesse Aphrodite, ou Lysippe, le pionnier du réalisme ?Plutôt Lysippe, le réaliste. Beaucoup de sculpteurs ont essayé en vain de ressusciter le classicisme, l’art hellénique.

Je vous pose cette question parce qu’en observant vos nus, je vois que vous brisez des tabous dans la tradition sculpturale algérienne ? Comme Praxitèle. A propos, je me rappelle de cette anecdote. En organisant dans les années l980 une exposition-vente à la galerie Issiakhem, un responsable en voyant un nu esquissa une moue mi-figue mi-raisin, avant de s’exclamer « C’est pas possible ! ».

Avez-vous en chantier des expositions ? Des expositions destinées d’abord au public italien. Des destinations comme Milan et Munich m’attendent.

De quoi traitent-elles, les œuvres que vous comptez exposer ? De l’élément féminin, genre mannequins, figures de danseuses classiques. Car, en réalité, je suis à la recherche d’un style personnel. Je n’aime pas trop remettre sur le tapis les anciennes recettes du classicisme ou de l’impressionnisme.

Allez-vous vendre ces œuvres ? Non, d’ailleurs les seules ventes qui me permettent de gagner de quoi vivre sont celle des œuvres d’art funéraire que je réalise exclusivement pour cela.

Des projets spécialement pour l’Algérie ?Non, par contre, je compte tenir des expositions à l’Institut du Monde arabe à Paris.

Quelque chose de spécial pour votre village natal à Aokas ? Non plus ! Les jeunes de mon village m’ont demandé une statue à l’honneur de Matoub Lounès, hélas je n’ai pas pu réaliser leurs vœux.

Propos recueillis par Abdelkader Mouzaoui

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