Tout le monde s’est rendu compte que la cité reprenait enfin ses droits, lorsque des bulldozers avaient sillonné les différentes routes pour araser les ornières qui étaient devenus le lot quotidien de tous les voyageurs. Tout le monde a salué la disparition des détritus jonchant les trottoirs et comblant les fossés et surtout la réapparition de la propreté que chacun désespérait de revoir, 2005 donne naissance à 2006 qui s’annonce déjà avec des vœux de bonheur, de joie, de santé et de prospérité mais qui commence à s’effondrer devant les vieilles habitudes, dont certains refusent de se défaire, en dépit de toutes les bonnes volontés affichées par certains et souhaitées par tous. Car tout le monde a fait le même constat amer, hélas, dès le jour suivant l’opération de nettoyage, les vieilles habitudes réapparaissent consistant à jeter son » sachet noir » sur le bas-côté de la route, certains s’arrangeant même pour provoquer son éclatement à « l’atterrissage » ! Car, hélas, c’est à qui rivaliserait pour avoir une meilleure visée sur un objectif imaginaire au moment du « lancer » du fameux sachet noir, dont la fabrication est normalement prohibée et c’est à croire que le fameux proverbe s’est enraciné dans les mœurs : « chassez le naturel, il revient au galop ». Les « tristement » fameuses bouteilles en verre déclarées jetables sont vraiment « jetables ». On les retrouve fracassées le long des routes, lesquelles sont toutes logées à la même enseigne, sans discrimination aucune au sens large du terme. On retrouve ces bouteilles gisant en lot dans un coin des fossés, et ce, qui est malheureux, c’est que des malins s’amusent à les cibler avec des pierres pour les briser sur le macadam où il faudra bien zigzaguer pour ne pas crever ses roues. Et quand ces tessons se retrouvent en plein virage, l’on peut aisément imaginer les risques et les conséquences ! Et quand on se rappelle l’état « déplorable » de toutes ces routes qui attendent depuis belle lurette que l’on pense à leur réfection, on peut s’imaginer combien les conducteurs doivent pester à chaque fois qu’ils s’engagent sur ces « pistes carrossables », sans oublier que les résidants sont astreints à « cette traversée du désert » chaque jour que Dieu fait ! Quant aux fourgons de transport des voyageurs, leur régularité relève de leur compétence à « jouer du volant » à travers les ornières et les tessons. Toutes les routes de la daira brillent par une similarité intégrale et si singulière. Aucune ne peut jalouser l’autre. Partant de Mekla pour rejoindre Ain El Hammam en traversant la région de Ait Frawcene ou la commune de Ait Khellili, ou reliant la commune de Souama, le même décor continue d’offenser le regard des gens qui ne peuvent s’habituer à ce genre de paysage et qui regrettent le temps où les responsabilités étaient assumées par chacun au sens propre du terme. Ceux qui dénaturent ainsi le paysage dont nos ancêtres étaient si fiers, ont-ils jamais pensé que cela risque de polluer les nappes phréatiques qui alimentent tous les foyers de la région ? N’ont-il pas en mémoire les valeurs ancestrales, ou sont-ils si inconscients ?Il reste à souhaiter que cette situation parvienne, enfin, à son terme – celui que chacun, en son for intérieur, appelle de tous ses vœux- et que ce paysage dont hériteront nos descendants ne soit pas terni par notre passage et qu’il puisse, au moins, ressembler à celui dont nous avons hérité. On nous a légué un beau paysage, si nous ne pouvons l’améliorer, faisons en sorte qu’il demeure en l’état, comme le stipule le proverbe ancestral, « Win Ournezmir i l’khir, yer aretal » (quiconque ne peut faire du bien se doit de restituer l’emprunt). Encore faudrait-il l’avoir conservé en l’état, ce qui n’est malheureusement pas le cas.
Sofiane M.
