Bouira Cité des 56 logements – Le manque de transport se fait sentir

Le problème, pour les habitants des 56 logements, un quartier sis au Nord de la ville de Bouira, ce n’est ni les gaz, ni l’eau, ni l’électricité ni l’assainissement. Pour eux, le problème-pour ne pas dire le cauchemar, un cauchemar vécu au quotidien- a trait au transport. D’où le sentiment d’isolement qui s’empare de ce quartier bâti, en partie, en 89, par les coopératives, le reste étant des logements sociaux, le tout formant un grand quartier, un village. Alertés, il y a quelques jours, par un citoyen sur cette situation, nous nous y sommes rendus pour en rendre compte ici. Le bus que les citoyens de cette cité construite sur une grande colline, prennent chaque jour s’arrête, pour eux, à l’arrêt, en face de ce qui fut naguère la direction de SEMPAC. De là ils doivent franchir près d’un km pour se trouver en face d’une pente abrupte. Les personnes souffrant du cœur, du vertige ou d’autres maladies chroniques leur interdisant les longues et raides escalades peuvent continuer par la route qui contourne par l’Ouest le quartier en question. Mais pour celles qui ont le cœur bien accroché et le jarret solide, comme cette jeune dame, ce matin, qui s’élance courageusement à l’assaut de cette véritable montagne, elles peuvent espérer gagner quelques minutes en s’attaquant à la montée.

Des mains charitables ont creusé des degrés à la pioche dans la terre meuble. Mais même alors, une glissade est toujours possible lorsque la pluie détrempe le terrain. Nous prenons sagement le parti de suivre la route pour regagner la cité. Trois jeunes gens nous précèdent. L’un d’eux blague : « Le chemin raide, c’est pour les vieux ». Nous remarquons que ladite route, taillée dans le flanc de la colline, présente pour le long terme un danger, non pour ceux qui l’empruntent, mais pour les premiers bâtiments. La terre est trop friable et les intempéries y provoquent des éboulements. Pour le moment, ils ne sont pas importants. Mais à la longue, ils peuvent menacer les premières habitations. Une solution doit être trouvée pour stabiliser le terrain. Une fois là haut, la première personne que nous rencontrons est propriétaire de son logement. Tout en faisant ses emplettes à l’épicerie du coin, il raconte le calvaire vécu par sa fille, douze ans, qui fréquente le CEM, aux 140 logements, puis le lycée Mira. Elle est obligée de descendre et de remonter la colline quatre fois par jour, n’étant pas admise en demi-pension à la cantine. « Elle a juste le temps d’avaler la soupe avant de retourner au collège », se plaint son père. La question du transport est vitale pour Karim, un jeune étudiant, et Rabah, un retraité. Les citoyens vivent cette situation comme une coupure du reste du monde. Il faut, selon eux, créer une ligne pour desservir ce quartier pour le sortir de l’enclavement. Mais, selon eux, il existe d’autres problèmes, comme l’amélioration urbaine et la santé. La seule voie bitumée est cette grande artère qui coupe l’agglomération en deux. Le reste est sans pavage ni bitumage. « Lorsque nous rentrons, nous sommes obligés de laisser nos souliers pleins de boue sur le palier », confesse Rabah. « Il nous faut une salle de soins », fait comme un écho le jeune étudiant. Aux 56 logements, c’est-à-dire beaucoup plus bas, il y a les locaux. Des plaques renseignent sur les métiers abandonnés aussitôt que créés. Une pâtisserie traditionnelle, un salon de coiffure pour dames, un artisan en marqueterie, une avocate… Nous pénétrons dans les locaux aux portes défoncées, aux fenêtres ouvertes sur l’extérieur : c’est la mort de toute activité professionnelle. Comment l’idée était venue à une avocate de s’installer dans ce no mans land, car la plaque est toute neuve et les lettres indiquant la profession toutes fraiches de peinture? La poussière et les courants d’air répondent pour elle. En face de l’école primaire, une menuiserie est tout aussi silencieuse. Les machines sont à l’arrêt depuis plus de dix jours, selon son propriétaire, faute de commande. La cause ? Il ne sait pas. C’est peut être le commerce qui est mort, hasarde-t-il. Ce n’est pas l’isolement? Il ne pense pas, car cela travaillait avant.

Aziz Bey