Ighil N’Ath-M’Hand, le lointain village

Perché à 1000 m d’altitude, Ighil N’ath-M’hand, baptisé officiellement Draâ Ouled M’hand, est l’un des villages les plus reculés de la contrée d’Ath Rached. Pour s’y rendre, nous quittons Ath El Kser en direction sud. Et il nous a fallu plus d’une demi-heure pour poser pied. Dans le fourgon, qui dévore le chemin kilomètre après kilomètre, nous abordons, déjà Tiliouat, une bourgade à 3 km du chef-lieu que nous laissons vite dernière nous, pour franchir ensuite, le lieu- dit Tiplakine à la limite de deux communes : Ath-Leqser, Ath Rached. Une limite reconnue officiellement d’après le découpage administratif de 1984. De là, la route s’ouvre devant nous sur un vrai paysage de montagne. Plus nous avançons vers notre destination, plus le paysage dévoile son aspect changeant sous nos yeux. Au loin, des forêts de conifères ont subi ça et là d’importantes brèches occasionnées par les incendies. Chemin faisant, notre voyage était silencieux. Le calme et la vacuité de la route augurent bien de l’isolement et la solitude des lieux. Nous passons alors en coup de vent plusieurs villages et, qu’en apparence rien ne vient troubler la grisaille d’une vie simple casanière : Acif, Lekhmis, Tiza, Tamamacht et enfin Chivoune, dernier village avant la destination. Le reste du trajet est à quelques minutes de pente à flancs de montagnes. Plus nous montons, plus nous gagnons de l’altitude. Quelque instants plus tard, les premières habitations apparaissent, le fourgon ralentit pour s’immobiliser là bas, après quelques encablures à l’arrêt des transporteurs. Et quand nous posons pied à terre, le froid inhospitalier de ces hauteurs nous fait frémir subitement, à la différence fort heureusement des habitants que nous trouvons bien accueillants en cette virée. En effet, au premier aspect, Ighil est un petit village agencé en groupes de maisons dispersés ça et là aux flancs et aux sommets arrondis de ses collines. Il compte environ 600 habitants. Sa position dominante permet d’admirer un splendide panorama. D’un côté, le charme des forêts de puis d’alep, de l’autre de magnifiques chaînes de montagnes. Mais la solitude de ces lieux lui a valu à vrai dire de nombreuses brimades durant l’époque sanguinaire. Il reste quand même, le seul village qui n’a pas connu l’exode rural, contrairement à d’autres de cette contrée comme Aïn Legra, Hellouane qui accuse jusqu’alors la vacuité des lieux. Ses habitants, dont la plupart sont toujours attachés à la terre, vivent de l’élevage et de petits produits agricoles de toute saison, comme la culture de l’olivier, du figuier et même de la vigne. Quant aux cultures vivrières, seule la faucille est encore d’usage du fait que la culture motorisée est inadéquate pour ces lieux. Outre, l’électrification de son périmètre, la réfection de la route principale et la réalisation d’une école primaire qui date du temps du parti unique, Ighil, depuis l’avènement de la commune d’Ath Rached en 1984, n’a en vérité bénéficié que de rares projets à savoir : une maternité transformée en garde communale, et la réalisation d’une station de pompage d’eau apparemment sans conduite de refoulement vers le château d’eau, lequel demeure aussi sans branchement de réseau de distribution électrique. Et rien, à vrai dire, à l’horizon qui augure leur réhabilitation. Les puits et les fontaines restent leur seule source en alimentation en eau potable. Ce qui est enfin regrettable, c’est le côté juvénile. Le chômage, le manque de loisirs contraignent la plupart des jeunes à quitter le village. Il n’existe aucun endroit, ni infrastructure en ce sens pour leur occupation. Errer, ou se murer chez soi, reste la seule alternative. Notre virée, somme toute terminée notre retour ne fut pas aussi aisé qu’on l’espérait ; le manque de transport nous a contraints à une attente de longues heures avant de prendre le chemin du retour.

R. Debakhe