Le grand village d’Ighil Ali, appelé aussi la capitale des Ath Abbas, recelait, autrefois, beaucoup de fontaines, d’où jaillissait une eau pure des différentes sources captées par les soins des anciens villageois pour l’approvisionnement des habitations en eau, car en ces temps reculés, il n’y avait pas dans cette bourgade de réseaux de l’AEP, ni de robinets dans les foyers. C’est par moyen de jerricans que les habitants s’approvisionnaient en eau. Ces fontaines faisaient la fierté des villageois, qui ne connaissaient pas la soif, tant chaque quartier du village avait sa propre fontaine ! Le visiteur pouvait s’abreuver de chaque fontaine en déambulant dans les ruelles étroites du patelin. Certes, le débit de ces points d’eau chutait pendant la période estivale, mais l’eau coulait de manière pérenne quand même.
D’après quelques vénérables vieux encore en vie, lesquels se rappellent encore du bon vieux temps, il y avait pas moins de 8 fontaines publiques dans tout le village d’Ighil Ali. -Alors qu’aujourd’hui, comble de l’ironie, il n’en existe aucune!- Bien évidemment, cette localité n’avait pas toute cette extension urbaine qu’elle connaît aujourd’hui, c’était une petite bourgade construite avec des maisons de style « kabylo-mauresque », qui donnait du plaisir à voir, surtout de loin, tant il y avait une architecture harmonieuse et homogène! Nos interlocuteurs nous citent quelques fontaines aménagées par les habitants dans chaque quartier. « Il y avait Tala n’souk (fontaine du marché) au centre du village. Tala t’maqbart (Fontaine du cimetière) du côté d’Ath Mouss. Tala guemdoun n’Tzayart, Tala ussamar, Tala n’At Si Ali. Pour ne citer que ces fontaines! » nous dit-on. « L’eau de ces fontaines était douce et d’une excellente qualité. On ne s’en rassasiait pas! » ajoutent nos sources. Malheureusement, comme toutes les bonnes choses qui ne durent pas dans le temps, ces fontaines finirent par péricliter, avec le temps, pour tomber complètement en désuétude. Les sources ont tari pour on ne sait quelle raison, et l’eau a fini par ne plus couler. Les fontaines qui connaissaient une grande ambiance quotidienne autour d’elles avec ces habitants, en particulier les enfants munis de jerricans à la main, se trouvent désertées depuis quelques décennies. Seuls de grands robinets rouillés et de petits bassins collecteurs sont demeurés là comme des vestiges d’une autre époque! Néanmoins, des voix se sont élevées dans le village en appelant à « redonner » vie à ces fontaines, car c’est toute l’histoire du village qu’elles « recèlent ». Et puis, passer devant des fontaines « fantômes », d’où il ne jaillit aucune goutte d’eau cela fait indubitablement mal au cœur. Le village d’Ighil Ali sera certainement plus beau avec ses fontaines fraîches qui faisaient jadis la fierté des villageois !
S. Y.
