Le tissu végétal de cette mythique plaine d'Arafou, qui s'étale sur tout le territoire de la commune de Chorfa (50 Kms à l'Est de Bouira), s’amenuise de plus en plus sous les coups de boutoir du béton, lequel avance inexorablement !
Notre virée dans cette « jungle » d’arbres fruitiers nous a fait vraiment mal au cœur! Les habitations poussent tels des champignons à tout endroit de ce paradis terrestre, engloutissant de ce fait des hectares de terres arables d’une excellente qualité. Le béton a fait son effet dans cette plaine qui ne devait servir qu’à l’agriculture et rien d’autres. Malheureusement, l’inconscience des uns et la négligence des autres ont fini par causer la coupe de centaines d’arbres fruitiers, dont la majorité est constituée d’oliviers, pour les besoins de construire. Dans cette étendue plate, il y existe plusieurs fermes, exploitées pour les unes et délaissées pour les autres! De part et d’autre le chemin étroit qui traverse cette superbe plaine, il y a des glèbes emblavées et d’autres sont laissées en jachère. La cueillette des olives est terminée depuis quelques jours déjà comme on l’a constaté. Pas un cueilleur sous les oliviers ne s’y trouve ; pourtant, il faisait très beau ce jour-là. Arafou, c’est aussi un lieu gorgé d’eau douce. Le long du chemin coulait, dans une rigole aménagée, l’eau des puits qui irriguait quelques cultures. Son bruissement doux emplissait les lieux, leur donnant un aspect mystique, voire magnétique, sans blague! Ce qui nous a saisis aussi, ce sont ces centaines de néfliers, centenaires que nous sachions, qui sont plantés là donnant du plaisir à voir. Au moins, eux, ils sont entretenus et c’est tant mieux. Ces fermes sont cernées par des trembles et des cyprès, datant probablement de l’époque coloniale! Au cours de notre vadrouille, nous avons rencontrés un jeune habitent de cette région qui partagera notre vision décevante de cette plaine. «Jadis, comme on me l’a raconté il n’y avait pas d’habitations ici, à Arafou. Les propriétaires de ces terres habitaient tous au vieux village de Chorfa, qui surplombe le chef-lieu communal. Ici, on n’effectuait que les travaux champêtres et autres tâches agricoles, comme les maraîchages, la cueillette des olives, etc. Depuis quelques décennies, des propriétaires ont dû y construire et vendre des parcelles de terres à des habitants et à des étrangers, lesquels ont construit des maisons et se sont établis à Arafou», raconte notre interlocuteur. Néanmoins, à ce que nous avons remarqué et au rythme où vont les choses, le peu de terres agricoles demeurées non-bétonnées ne tarderaient pas à l’être si, d’ici quelques années, l’on ne met pas le holà à toute cette urbanisation sauvage et galopante au demeurant ! Ce sera un grand gâchis pour cette région, qui paraît de loin comme une petite oasis au milieu d’un «désert» de béton.
Y. Samir

