La saison des amours et du beau temps est personnifiée dans la Kabylie par l’expression idiomatique « amaguer n tefsut ». Et afin de solenniser comme il se doit cette journée, la décoction des racines du thapsia garganica (aderyis) avec une ribambelle de légumes constitue l’un des mets de référence par excellence. Le village Louta, situé sur les hauteurs de la commune de Chemini, tente de pérenniser ce rituel ancestral, récidivant chaque année par l’organisation d’une fête spéciale aderyis. Cette année encore, le comité du village s’est attelé à mettre au point un programme qui n’a pas manqué de faire bonne impression auprès des villageois. Le lieu-dit Tignatin, une placette se trouvant au centre du village, a accueilli une myriade d’activités n’ayant pas manqué de porter aux anges les habitants dudit village, notamment les petits bambins. Dans la journée du samedi 14 mars, les initiateurs de ladite festivité ont organisé une course pour enfants âgés de 6 à 13 ans. Outre cette activité les villageois ont eu droit au traditionnel plat de couscous aux œufs durs. Ce mets est jalousement préparé par les femmes du village, perpétuant ainsi une tradition millénaire. Les femmes préparent ce mets à base de couscous en décoction avec des carottes, des pommes de terre, des pois-chiches, des œufs durs…le tout saupoudré d’une fine couche de sucre, ou généreusement poudré pour les amateurs des repas sucrés. Cette fête ancestrale coïncide avec le premier jour du mois de mars du calendrier grégorien, et dont bon nombre de famille tente de pérenniser cette tradition culinaire aux dimensions socioculturelles. Pour ne pas laisser les invités sur leur faim, des pièces de théâtre sont majestueusement interprétées par un groupe de jeunes comédiens. Une chorale et un récital de poésie ont allégrement enchanté les présents qui se sont délectés d’une muse fort appréciée. Un très habile magicien de la région voisine s’est illustré par des tours de magie que seuls des illusionnistes de son genre savent se déjouer de l’intension des gens. Les mioches ont eu les yeux écarquillés devant la finesse et la subtilité du magicien. Le jeu de la tombola était de la partie afin de mieux attirer les villageois et attiser davantage leur curiosité. La célèbre troupe de Lewhama fait désormais partie du paysage culturel, d’autant plus incontournable à chaque événement organisé dans les quatre coins de la wilaya de Béjaïa. L’humour fluide, en sus farci de multiples vannes, contraste avec cette journée ensoleillée. « Notre village tente de garder ce rite ancestral, et ce, en le ressuscitant chaque année afin que la nouvelle génération ne passe à côté de son patrimoine culturel », avance un organisateur de la festivité.
Bachir Djaider
