Nadia Sadat Ramdane Cherif est une dame de 42ans et mère de 4 filles, elle est originaire du village de Boumahni, dans la commune d’Ain zaouïa. Une femme courageuse puisqu’elle s’aventure dans un domaine assez difficile pour quelqu’un qui n’a pas fait de grandes études. Cette poétesse, qui n’écrit pour l’instant que dans la langue de Taha Hussein, vient de mettre depuis le début de l’année, un premier livre de poésie intitulé « Echo d’une mémoire personnelle », des poèmes où elle s’exprime sur la conscience, la trahison, la dure vie de la femme rurale mais aussi de la religion, de la lutte du peuple palestinien pour retrouver son indépendance et bâtir un état démocratique. Elle aborde aussi les caricatures danoises ayant porté atteinte au prophète Mohamed (qssl) et à l’islam. La poétesse n’a pas raté l’occasion d’écrire sur l’école algérienne et tout ce qu’elle ressent. Nadia Sadat, que nous avons rencontrée à la fête de l’olivier d’Ait Zaim dédicaçant son livre, répondra à nos questions et commencera par ses débuts : « Après le cycle primaire, j’ai rejoint le collège des frères Sadat de Boumahni, mais hélas, dès la deuxième année, mon sort a été décidé ailleurs ; aujourd’hui, je ne comprends pas les raisons qui ont poussé les miens à me sortir de l’école. Je voulais tellement m’instruire que j’ai poursuivi mes lectures à la maison. L’arabe, c’est l’unique langue que je maîtrise grâce à la lecture du livre saint, le Coran. Avant de devenir poétesse, j’étais déjà couturière, je tenais à ma liberté. Mon premier poème, je l’ai écrit exactement le 27 mai 1993, un poème qui traitait du conflit arabo-israélien. Depuis cette date, j’ai écrit 23 poèmes que j’ai réunis dans ce premier livre de 95 pages ». Questionné sur ces projets à l’avenir, Nadia Sadat répondra : « A présent, je suis sur la finalisation de deux autres livres, le premier s’intitule « L’élégance de l’olivier », il aborde spécialement la cause palestinienne, et le second s’intitule « Les vertus de l’odeur ». La poétesse se dit frustrée de ne pouvoir écrire qu’en langue arabe et meurt d’envie de pouvoir s’exprimer et écrire en langue française et surtout en Tamazight. « La seule langue que je maîtrise c’est l’arabe, c’est pourquoi je n’écris que dans cette langue. Mais je ferai de mon mieux pour récupérer mon retard. Je brûle d’envie de pouvoir écrire en Tamazight et en Français, d’autant plus que mes filles me sont à présent d’un grand apport. Je finirais par maîtriser ces deux langues et j’écrirais alors fièrement dans la langue de mes ancêtres », souhaitera-t-elle. Madame Sadat n’oubliera pas d’appeler les femmes à s’instruire au maximum. « Je lance un appel aux filles et aux femmes d’étudier, de s’instruire et de lire, c’est la seule manière pour s’émanciper et jouer des rôles importants tout en préservant la dignité légendaire de la femme kabyle. La vie appartient aux gens instruits. Il ne sert à rien de passer de longue heures devant l’écran de la télévision pour suivre des feuilletons étrangers déconnectés de la réalité», estimera notre interlocutrice. La poétesse n’a pas manqué de préciser que « l’Islam n’est pas la langue arabe et qui n’est pas destiné uniquement aux arabophones. L’Islam est plus grand que ça, il est universel. Ce que font certains arabes extrémistes ne reflète pas la vraie image de la religion musulmane ». Pour finir, la poétesse de Boumahni ne manquera pas de rendre un grand hommage à son grand-père qui n’a malheureusement pas assez vécu pour assister à la parution de son livre. Elle remerciera également son mari qui l’encourage à aller de l’avant. « Ma pensée va à mon grand-père qui n’en revenait pas de joie lorsque je lui ai appris que j’allais prochainement mettre un livre sur le marché. Il était très content et souhaitait vivre assez longtemps pour accueillir ce livre ; mais hélas, il a quitté ce monde avant la parution de mon livre. Je remercie également mon mari pour son soutien et puis un grand coup de chapeau à la Dépêche de Kabylie ».
H. T.

