Les agriculteurs lancent un cri de détresse

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C’est de nouveau une invasion généralisée des colonnes de singes qui en compte chacune plusieurs dizaines ! Ces animaux s’attaquent aux vergers et font des dégâts dans l’arboriculture, dont c’est la période de floraison mais aussi de croissance en produisant des bourgeons. C’est justement de ces fleurs, bourgeons et tiges tendres dont les singes raffolent et sur lesquelles ils font des ravages. Omar Mansouri, membre actif du collectif de Raffour issu d’une famille d’agriculteurs possédant des terres à Iwakuren, en haute montagne dans la commune de Saharidj, lance un véritable cri de détresse au nom de ces paysans. Il affirme que les arbres fruitiers des deux villages Ighzer et Tadert Lejdid, notamment les cerisiers, pruniers, figuiers et vignobles, sont pris d’assaut chaque jour par d’incalculables colonnes de ces primates. Chassés des montagnes par la neige, ces singes se rabattent sur les vergers pour survivre. Après la fin des récoltes de glands et d’olives, ils n’ont que les fleurs, tiges et bourgeons pour calmer leur faim. Notre interlocuteur raconte que non seulement ils font de véritables razzias dans les vergers, mais aussi une fois repus, ils s’adonnent à des jeux de course-poursuite et des acrobaties sur les arbres, en détruisant les branches tendres en pleine croissance qu’ils arrachent facilement et qui se brisent sous leur poids. Malins comme… des singes qu’ils sont, ils déjouent tous les pièges et font peu cas de toutes les astuces qu’utilisent les pauvres agriculteurs pour les éloigner. Rien ne les impressionne : ni les épouvantails, ni les clôtures, ni encore moins les bruits qu’ils font en tapant sur des fûts vides à l’aide de gourdins, au point où quelques pères de familles qui n’ont que le produit de ces arbres comme richesse font recours aux frondes et lance-pierres pour protéger leurs vergers après que les chiens qu’ils y mettent s’avèrent impuissants à faire quoi que ce soit contre ces intrus qui les narguent du haut des arbres. Ces primates ne sont nullement apeurés par le concert d’aboiements furieux des chiens qui finissent par abandonner la partie et laissent le champ libre à ces voraces qui se sont aussi habitués à la présence humaine. D’autres paysans des villages Ivelvaren, Ath Illiten, Imesdurar, toujours dans la commune de Saharidj, ou encore ceux d’Islan et Agouilal, dans celle d’El Adjiba, ont constaté la même invasion spectaculaire de singes. A Ath Illiten, ils circulent même à l’intérieur du village, s’enhardissent à grimper sur les toits et les murs d’enceinte et se font menaçants pour les enfants. Ces citoyens parlent d’une importante prolifération de singes cette année. Lamara, un autre agriculteur septuagénaire du village Ath Illiten, affirme même avoir remarqué des femelles qui ont donné naissance à des jumeaux. Notons enfin que cette phénoménale invasion de singes a commencé dans les années 1990, après que les hordes terroristes ne les délogent de leur milieu naturel, cela ajouté aux ratissages et pilonnages des services de sécurité. La situation s’est aggravée à partir de 2008 suite aux incendies en séries et systématiques qui n’ont épargné aucune forêt du massif du Djurdjura sur ses deux flancs. Ces incendies ont transformé les surfaces forestières, jadis verdoyantes et fort luxuriantes, en paysage lunaire ; d’où cet exode massif de toutes les espèces d’animaux sauvages vers les terrains agricoles, pour lesquels les singes et les sangliers constituent un véritable fléau semblable à celui des criquets qui ne laissent rien sur leur passage. Un cas préoccupant et des plus urgents sur lequel doivent se pencher les nombreux organismes étatiques directement concernés, tels que les services des forêts, ceux de l’environnement, de l’agriculture et le parc national du Djurdjura. D’autant plus qu’en désespoir de cause, des agriculteurs menacent de passer à des battues à l’aide d’armes à feu pour protéger leurs propriétés qui les font vivre, et ce, si rien n’est entrepris pour limiter la casse.

 Oulaid Soualah

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