Saharidj Bassin de rétention d’Illithen – Un vestige massacré et menaçant pour le village

Construit en 1927 par les Français, ce bassin appelé localement « le barrage  » est un réservoir de stockage d’une capacité de 3 millions de mètres cubes, alimenté par le captage de la source noire (Laïnsar Averkane), situé à 04 Kms au Nord, soit à proximité du village Imesdhourar, commune de Saharidj.

C’est un ensemble d’ouvrages d’arts réalisés de manière fort impressionnante grâce au génie des ingénieurs de cette époque, lesquels ont su mettre à profit le relief fort accidenté de ces lieux, tout en mettant à contribution leur maîtrise de la physique et de la gravitation. Après la découverte de la phénoménale source noire avec son débit de 6 000 l/seconde dans les années 1920, l’idée de son exploitation pour la production de l’électricité a vite germé et aussitôt mise à exécution en procédant par ordre : les ingénieurs ont d’abord tracé les plans de deux ouvrages qu’ils ont commencé à réaliser en même temps, en puisant la main-d’œuvre au niveau des prisons où sont retenus les détenus marocains arrêtés et déportés vers l’Algérie durant la légendaire insurrection du Rif dans les années 1920. Le premier ouvrage est « captage et canalisation » sur une distance de 04 Kms, réalisé en forme de galerie souterraine d’un diamètre de 2,50 x 2,50 m, une reproduction parfaite des tunnels de la SNCFA des gorges de l’ex-Palestro (actuel Lakhdaria). L’itinéraire de cette galerie longe les flancs d’une colline et tracé en pente douce pour éviter de créer un courant fort impossible à maîtriser. Le 2ème ouvrage est le bassin de rétention qui surplombe le village d’Illithen, soit le second chef-d’œuvre de ce projet géant avec ses 100 m de longueur et 70 m de largeur et enfin 04 m de hauteur, et dont l’épaisseur des murs dépasse les 2 m, renforcés par des  » piliers-socles  » de plus de 05m de largeur. Deux matériaux sont utilisés pour la réalisation de ces deux impressionnants ouvrages : la pierre et le ciment, façonnés à la manière de véritables bunkers dont la solidité est à l’épreuve des siècles.

Tous les équipements indispensables et autres infrastructures réalisées dans et autour du bassin sont encore intacts, tels les écluses, la chambre d’épuration qui comporte un système de filtrage des eaux, une autre chambre de répartition avec des vannes de commande prolongées par des conduites en fonte de grosses dimensions faisant 300m environ, un coffret de commandes réalisé sur le côté supérieur et un appartement de fonction pour le gardiennage. Pour acheminer le matériel et les matériaux utilisés dans ces deux ouvrages à partir de la RN 30, distante d’à peu près 02 Kms en surélévation, les concepteurs de ce projet ont pensé à la réalisation d’une sorte de treuil aérien sous forme de télésiège équipé de deux nacelles. Grâce à la gravitation, quand la nacelle chargée descend, celle vide remonte suivant un deuxième câble parallèle et vice versa, ces deux nacelles sont équipées de freins.

Malheureusement, il ne reste à l’heure actuelle de cet ouvrage que les supports et la plate-forme d’accueil en contrebas. Une fois la réalisation de ces ouvrages terminée en 1927, l’on s’est immédiatement attelé à la construction d’une centrale électrique à 2 Kms en contrebas du bassin, soit au fond du point de rencontre de deux profonds ravins situés au pied de la colline ; cette centrale électrique appelée localement  » l’usine « est équipée de turbines destinées à la production de l’énergie électrique. Pour faire tourner ces roues géantes (turbines), il a été procédé à la réalisation d’une conduite à l’aide de tuyau en fonte de 300 m de diamètre, laquelle relie cette centrale au bassin de rétention pour donner assez de force au courant d’eau. Et grâce toujours à la gravitation du terrain, cette canalisation descend presque à la verticale à plus de 90&deg,; les Français ont mis deux ans pour réaliser ces deux nouveaux ouvrages (usine et canalisation) en 1927, cette usine est entrée en activité pour produire assez d’électricité pour couvrir les besoins de tout le territoire de l’ancienne commune mixte de Maillot, actuelle daïra de M’Chedallah.

La centrale a été modernisée en 1990, mais…

Ce système « hydro-électrique » a été abandonné en 1990 : les turbines étant remplacées par des appareils modernes, le débit d’eau étant détourné et acheminé par un nouveau réseau qui alimente en AEP à l’heure actuelle toute la daïra, le bassin étant mis à sec et abandonné mais pas complètement. Sachant que le village d’Illithen a bénéficié d’une enveloppe financière pour la réalisation d’un stade du genre  » matico « , l’APC de Saharidj n’a pas trouvé de terrain idéal pour ce stade que … l’intérieur de ce bassin, en n’ayant aucun égard pour sa valeur historique, ni pour les protestations de plusieurs voix de sages de ce village qui se sont élevées pour s’opposer à la dénaturation de ce vestige auquel est rattachée une bonne partie de l’histoire de ce village et qui renferme un important pan de la mémoire collective. A l’heure actuelle, le rejet du trop-plein de diamètre 100 de ce bassin a commencé à vomir un violent jet d’eau à quelque 60 m sur sa partie inférieure depuis le début de l’hiver, nous apprennent les riverains rencontrés sur place lors de notre virée sur les lieux mercredi passé. Ce bassin qui est toujours ouvert à plein débit risque de provoquer, dans un proche avenir, une catastrophe, du fait que le jet assez violent s’est transformé en véritable foreuse qui a creusé un effroyable cratère dans la terre meuble et qui a fini par provoquer un inquiétant glissement de terrain qui a non seulement fragilisé sensiblement le bassin, qui affiche des fissurations qui s’élargissent à vue d’œil, mais constitue aussi une menace pour le village Ath Illiten situé en contrebas, à moins de 200 m à vol d’oiseau. Une véritable catastrophe se prépare en ces lieux au su et au vu des autorités locales, qui ont été saisies à maintes reprises par les riverains qui affichent une fort palpable inquiétude. Un cas qui doit faire objet d’une inspection urgente par une commission spécialisée pour pallier à toute éventualité.

Oulaid Soualah