Le village menacé

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L’effroyable mouvement géologique dans la périphérie Nord-est du village Ath Illiten qui s’est manifesté au milieu de l’hiver passé prend des proportions alarmantes.

Le facteur à l’origine de cette catastrophe est le tuyau de vidange lâché à plein débit à quelques 60m sur la partie inférieure du bassin de rétention. L’eau qui jaillie de ce tuyau de diamètre 100 en cascade s’est transformée en foreuse qui a fini, avec le temps et la bêtise humaine, par creuser un impressionnant cratère dans la terre meuble argileuse qui fend comme du beurre au soleil au contact de l’eau. 

Ce cratère, qui n’existait pas avant l’ouverture à plein débit de ce tuyau depuis le début de l’hiver passé a creusé à l’heure actuelle un incroyable ravin sur une distance d’un km environ, en engloutissant des parcelles entières de terrains agricoles et en emportant sur ses deux rives des oliveraies composées chacune de plusieurs dizaines de pieds d’oliviers centenaires qui parsèment le lit de ce ravins profond d’environ 30m et large de quelques 60m. Les racines en l’air, un effroyable décor d’apocalypse semblable à une séquence d’un film d’horreur. Il n’est nullement exagéré de dire que le village Ath Illiten fend et se dissout sous l’agression d’une violente érosion provoquée par l’excédent du débit d’El Ainser Averkane d’Imesdurar, un surplus de l’eau qui arrive à ce bassin de rétention qui surplombe le village Ath Illiten, un ouvrage réformé depuis bientôt une vingtaine d’années de surcroit (voir notre édition du 08 avril 2015). Un état de fait qui ne préoccupe plus aucune autorité et qui finira par emporter une partie de ce village si rien n’est fait dans l’immédiat pour arrêter cette catastrophe, qui se confirme et qui prend d’effrayantes proportions de jour en jour. Le plus étonnant dans ce cas relaté est le silence des villageois qui ne font qu’évaluer chaque matin les nouveaux dégâts causés par ce rejet, alors qu’il suffirait qu’il soit détourné vers Assif N’Sahel au niveau du point de captage là où sont aménagées les vannes de réglages pour éviter cet inqualifiable désastre. 

Un autre point noir menace les usagers de l’unique route qui relie ce village martyr à la RN30, à proximité d’Ath Hamad. Il s’agit d’un impressionnant affaissement d’une partie de la chaussée sur environ 80m à la sortie du village et qui lui aussi prend de l’ampleur chaque jour alors qu’il aurait été arrêté rien que par la pose d’un ouvrage en gabion. À l’heure actuelle, cette route est interdite aux poids lourds et ne tarderait pas à l’être aussi pour les véhicules légers, c’est une question de jours. Les collégiens et lycéens d’Ath Illiten risquent d’être bloqués dans un proche avenir, soit durant la prochaine période des examens de fin d’année. 

Les villageois venus à notre rencontre ce vendredi affichent un émouvant air de résignation et s’en remettent à Dieu pour les sortir de cette impasse. Il règne un palpable climat de fatalité dans ce village qui abrite environ 3 000 âmes et qui culmine à quelque 1 200m d’altitude en haute montagne. Esprit fataliste et résignation qui en disent long sur l’état d’abandon dont ils sont victimes.

Oulaid Soualah  

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