Naguib Mahfouz demande l’accord des religieux pour publier un roman

M. Mahfouz a posé deux conditions à la publication en Egypte des « Fils de la médina » (1959), une peinture réaliste d’un vieux quartier du Caire peuplé d’hérétiques, paru à Beyrouth en 1967, a indiqué lundi un proche de l’écrivain, le romancier Youssef al-Qaïd. « Il veut qu’Al-Azhar donne son accord et que l’introduction du roman soit écrite par un sympathisant des Frères musulmans », mouvement interdit mais toléré en Egypte, a-t-il dit. C’est la première fois que M. Mahfouz, 94 ans, fait une telle demande. Il chercherait ainsi à se réconcilier avec les oulémas d’Al-Azhar qui avaient demandé l’interdiction du roman il y a plus de 46 ans. A l’époque, le journal cairote Al-Ahram avait commencé à publier le livre en feuilleton, suscitant l’ire des oulémas qui y voyaient une contestation de Dieu et des prophètes et l’avaient jugé blasphématoire. En décembre dernier, la maison d’édition égyptienne Dar al-Hilal avait publié le roman à l’occasion de l’anniversaire de M. Mahfouz. Mais ce dernier s’est opposé à sa mise en vente, arguant qu’il en avait vendu les droits à Dar al-Chourouk. Les collègues de M. Mahfouz soutiennent sa position sur ce point. « Dar al-Hilal n’a pas le droit d’imprimer le livre sans l’accord de l’auteur », a indiqué l’écrivain Gamal al-Ghitani. Mais ils se disent tous choqués par sa demande de l’accord des autorités religieuses. « Cette demande crée un précédent dangereux car elle donne un pouvoir de censure à Al-Azhar, en opposition à la position des intellectuels égyptiens », a estimé M. Qaïd. L’écrivain Mohammad al-Boussaty a affirmé que M. Mahfouz n’aurait pas dû donner cette importance à Al-Azhar car « il a son propre avis qu’il doit faire parvenir au public, sans aucune intervention ». « Par sa prise de position, Naguib Mahfouz trahit son texte. Il donne une autorité illégitime à Al-Azhar en lui permettant d’avoir un droit de regard sur la littérature », a déclaré l’auteur Ezzat al-Qamhaoui. M. Mahfouz, qu’un islamiste radical avait tenté d’assassiner en 1994, vit pratiquement reclus chez lui, au Caire, sous surveillance policière permanente.