La Journée mondiale de l'asthme, coïncidant avec le 05 mai de chaque année, a permis à l'association des malades respiratoires chroniques de la wilaya de Bouira de s'emparer de ce thème et de le développer à travers des communications faites par des médecins spécialistes, lesquels ont fait part de leur inquiétude face à l'évolution grandissante de cette maladie mortelle.
Ils seraient 300 millions de personnes dans le monde, atteintes de ce fléau pernicieux, si l’on se réfère aux chiffres avancés par le docteur Aïcha Djilali, pneumo-physiologue. En Algérie, elle touche 5% de la population adulte et 5 à 10% de la population enfantine, causant 1 000 morts par an, selon la même spécialiste qui ouvre cette journée par une intervention qui ne laisse rien ignorer de cette maladie et de sa prise en charge. Des chiffres confirmés par sa consœur, le docteur Belhabib. D’après ce spécialiste des affections asthmatiques, 8% de la population mondiale serait frappée par cette maladie.
Les origines d’un mal sous-estimé
Considérant que l’asthme est une « maladie multifonctionnelle, la pneumo-physiologue estime qu’elle est sous diagnostiquée et par le médecin soignant et par le malade. Aussi mettait-elle l’accent sur la connaissance primordiale des trois états ou si l’on veut étapes par lesquelles la maladie passe avant d’atteindre le dernier stade. Au début, la maladie se manifeste au niveau des branches qui sous la pression des muscles qui les entoure se rétrécissent sous l’action d’un agent extérieur. Le malade présente aussitôt les premiers symptômes d’une respiration sifflante, accompagnée d’une sensation de gêne. L’étape suivante est une inflammation des muscles, puis la formation d’un œdème qui rend le passage de l’air dans les bronches et les alvéoles plus difficiles encore. Le docteur Djilali voit deux types d’asthmes : l’asthme d’origine héréditaire et l’asthme causé par un agent pathogène. Alors que la médecine peine à comprendre le phénomène qui cause l’affection asthmatique, dans le premier cas, elle est à l’aise dans le second, car l’observation du milieu où évolue le patient permet de découvrir rapidement l’agent responsable et l’éviter. S’ensuit à ce propos l’énumération d’un grand nombre de facteurs déclencheurs de la crise asthmatique, comme le pollen, les acariens, les produits chimiques, la poussière, les émanations aux abords des usines, la cigarette, le contact avec les animaux domestiques tels que les chats, les chiens, les chevaux, les oiseaux… etc. Mais si la crise passe seule, selon la spécialiste, le recours aux médicaments s’avère indispensable à tous les coups. Aussi un bon diagnostic est absolument nécessaire faisant appel à un interrogatoire « serré » sur la base de où, quand, comment. «La prévalence est souvent plus forte chez la femme que chez l’homme», assurait la conférencière. Et si la radio du thorax vient en appoint à cet interrogatoire, pour un diagnostic plus fiable, le recours à une exploration fonctionnelle du thorax (EFR) est exigé. De l’hygiène à la maison, de l’air pur, du soleil et de la vitamine D, mais respect des médicaments prescrits en cas de maladie respiratoire que la spécialiste classe en trois catégories : légère, modérée et sévère et la vie continue à peu près normalement.
Un coût exorbitant
Si le docteur Djilali insistait particulièrement sur un bon diagnostic, le docteur Belhabib portait un intérêt particulier à la prise en charge de cette maladie en termes de médicaments et de coûts. Rendant un hommage appuyé aux experts qui élaborent les produits pharmaceutiques qui permettent d’assurer à l’asthmatique chronique les conditions d’une vie normale, elle faisait dans la foulée l’éloge de l’État algérien, qui importe ces médicaments à des prix exorbitants. C’est pourquoi, insistait-elle tout particulièrement, sur le suivi et le contrôle du malade, cela pour deux raisons : savoir si la prise de médicaments est respectée rigoureusement pour éviter le gaspillage car souvent, selon la spécialiste, la moitié du médicament est jetée, et si le médicament prescrit convient. «Il ne sert à rien de soulager les bronches par l’administration d’un bronchodilatateur si un anti-inflammatoire n’est pas pris dans l’intervalle. Un traitement efficace est celui qui associe deux médicaments : un pour le traitement de la crise, l’autre pour le traitement de fond pour combattre l’inflammation», faisait remarquer à ce propos la conférencière. La même recommandation est faite au sujet de la voie par laquelle s’administre le bronchodilatateur. Celle de la voie inhalée. Elle est plus rapide, donc plus efficace et évite les effets secondaires accompagnant généralement les autres voies (intra veineuse, intramusculaire ou voie orale). La chambre d’inhalation qui s’ajuste à la pompe au moyen d’un masque est pour les personnes incapables de se servir de cet appareil, comme les enfants n’ayant pas encore trois ans ou les personnes trop âgées… A cette occasion, le docteur Belhabib a parlé avec enthousiasme du programme GINA que tous les pays reçoivent et que l’Algérie s’honore d’appliquer rigoureusement les recommandations qui sont à la pointe du progrès en matière de diagnostic et de prise en charge de la maladie. Le programme mis en place par l’association des maladies respiratoires chroniques a comporté d’autres communications sur la prise en charge psychologique. L’environnement, la CNAS, thèmes abordés succinctement par les deux spécialistes.
Aziz Bey

