En dépit du vide culturel qui ronge bon nombre de hameaux isolés, des initiatives individuelles ou collectives arrivent à y remédier, à force d’abnégation et de pugnacité. L’exemple éloquent est une troupe de théâtre appelée Thiziri, relevant du village Boumelal, qui résiste contre vents et marées. La dernière édition du théâtre amazigh qui s’est déroulée à Bouandas, une circonscription de la wilaya de Sétif, a vu des prestations de qualité délivrées par les participants venus de tous horizons. Les comédiens de la troupe Thiziri du village Boumelal, situé à quelques encablures du chef-lieu de Chemini, ont survolé avec brio cette manifestation, et ce, en remportant le premier prix de cette première édition grâce à une pièce intitulée Tifrat (solution). Le scénario de la pièce est l’œuvre jeune comédien Abdelkader Rachid, lycéen. Les membres de la troupe Thiziri ont jeté leur dévolu sur un thème englobant et le politique et le social. Avec une finesse hors pair, ces comédiens ont savamment interprété leurs rôles, ce qui leur a permis de subjuguer les membres du jury. Abdelkader Rachid, DjaiderYuba, Yeddou Foudhil et Abdelkader Massiyulsa, entre autres, ont joué au diapason cette magnifique pièce de théâtre, où l’humour et la satire sont hissés au firmament de l’interprétation. Le meilleur prix d’interprétation masculine, catégorie enfant, est revenu au jeune Abdelkader Massiyulsa, pétri de talent et de qualités artistiques. Avec une verve intarissable, Massiyulsa a tout pour devenir un comédien de renommée nationale, voire internationale.
Tous les membres de la troupe Thiziri se sont distingués de fort belles manières lors de cette première édition du festival du théâtre amazigh. La cohésion et l’entente sont des vertus indispensables dans le monde du théâtre. « Depuis des années, nous tentons tant bien que mal d’accompagner les jeunes comédiens qui n’ont d’autres loisirs que le théâtre. L’abnégation de ces jeunes talents nous donne du tonus pour maintenir cette troupe de théâtre vaille que vaille », avoue Yeddou Foudhil, fondateur de la troupe Thiziri. Créée en 2013, ladite troupe n’est pas la première du genre dans le village de Boumelal, car l’ex-association culturelle et sportive du village avait dans ses rangs une troupe de théâtre. Une deuxième place fut même arrachée à Barbacha en 2008 lors de la semaine des arts lyriques.
L’absence de suivi et de moyens a fini par décourager ces jeunes comédiens, contraints à abandonner leurs passions. Mais fort heureusement, de nouveaux talents ont émergé pour redonner vie à la troupe. Les différentes troupes qui se sont succédé ont de tout temps excellé dans le quatrième art, participant de fait aux diverses manifestations organisées dans la région. Une ribambelle de pièces est régulièrement interprétée magistralement par les comédiens du village Boumelal. ‘’Agugil’’, ‘’Tafsut taberkant’’, ‘’Kulwa dacu itichaghven’’, ‘’Yir zwaj lvur axir’’… sont quelques scénarios concoctés par A. Chafiâ, scénariste autodidacte, et Yeddou Foudhil, auteur et poète.
L’on dénonce par ailleurs le fait que les autorités locales et les organismes censés aider ces jeunes talents soient aux abonnés absents. Comment se fait-il que des passionnés de théâtre soient marginalisés et privés des moyens qui leur permettraient d’aller de l’avant et poursuivre leurs rêves, de devenir de grands comédiens, connus et reconnus. « Nous bataillons contre vents et marées pour sauvegarder cette troupe, et ce dans l’espoir d’assurer la relève, et par ricochet, éviter à nos jeunes de sombrer dans des fléaux sociaux aux conséquences néfastes », dira Abdelkader Rachid, jeune comédien.
Bachir Djaider
