Sous le thème « Isegh d Trugza » et en collaboration avec ASSA et le comité du village Houra, l’association culturelle Yakoubi Ferhat a organisé, du 11 au 13 juin 2015, la deuxième édition du Festival du burnous au village Houra, dans la commune de Bouzeguène.
L’ouverture officielle de l’événement a eu lieu, jeudi 11 juin 2015 à 10 heures, à la placette du village, et ce, en présence du chef de daïra de Bouzeguène, des P/APC de Bouzeguène et d’Illoula, des représentants des directions du tourisme, de la culture et de l’artisanat, un représentant de l’APW, le sénateur M. Moussa Tamadartaza, et le cadre supérieur de l’État natif du village Hourra, M. Mohand Ouidir Saib. Le burnous occupe une place importante dans la société berbère en général et à Houra en particulier, car sa valeur est précieuse. Pour cela, les jeunes du village veulent jalousement le protéger. Il fut la tenue spéciale des hommes kabyles que leurs femmes leurs tissent en choisissant la couleur, la matière et les symboles pour les décorer. Les fêtes kabyles n’ont aucun charme sans cette primordiale tenue qui rajoute charme, courage et dignité aux hommes. «Le burnous est la meilleure tenue qui puisse caractériser l’homme berbère libre, brave, digne et honorable. Il le protège du froid comme de la chaleur. Grâce au burnous, on ne peut savoir qui est riche et qui est pauvre. Tous sont au même pied d’égalité. Durant la guerre de révolution, on cachait même des armes et de la nourriture sous son burnous. Une maison berbère qui ne l’a pas, c’est comme si elle n’a pas d’identité», dira Mohand Ouidir Saïb. Le burnous a fait que les milliers de personnes venues de partout assister à cet évènement soient émerveillées par la carte postale que les jeunes du village ont formé comme des lions de Djurdjura à l’accueil des invités. Ainsi, un riche programme a été concocté pour célébrer l’événement qui a démarré jeudi dernier, par des prises de paroles, des récitals poétiques et visites des stands où plusieurs artisans ont exposé leurs œuvres, comme la forge d’Ihitoussène, des objets en bois d’Aït Ouizguène, robes kabyles, plats traditionnels, bijoux et autres objets traditionnels que la nouvelle génération découvre, pour la première fois, avec fierté et appréciation, car malgré la révolution industrielle, le manuel ne peut jamais disparaître ni être remplacé. À 14 heures, un repas traditionnel a été servi aux habitants et aux invités à l’école primaire du village, puis eu lieu un défilé de mode où des jeunes filles et garçon ont émerveillé les présents avec des belles robes kabyles et de beaux burnous. Pour la journée de vendredi, une conférence-débat sous le thème «Isegh d Trugza» a eu lieu. Des communications sur le patrimoine matériel et immatériel, sous le thème «Sauver l’âme amazigh», ont été également présentées par Bellak Hamid et Hellouane Hocine, alors que Toubal Ramdane a préféré intervenir avec une présentation intitulée «la structure d’un village, formation et transformation de la maison kabyle». Après la pause déjeuner, les milliers de personnes ont redécouvert le mariage traditionnel kabyle présenté par des jeunes du village. «Il existe sept ateliers de confection du burnous au niveau de notre village. Nos jeunes souhaitent apprendre ce métier pour pouvoir préserver cette tenue, qui est notre symbole identitaire. Nous souhaitons que cet événement devient régional et pourquoi pas national, car cela aidera à la réduction du taux de chômage, à occuper le temps libre de nos femmes au foyer et à dynamiser l’économie du pays. Il fut un temps, nos familles nous nourrissaient grâce à la commercialisation de ce produit», dira M. Younsi Boubekeur, membre de l’association culturelle Yakoubi Ferhat. «Avec l’aide de l’État, le rêve peut devenir réalité. Nous encourageons tous ceux qui travaillent pour la sauvegarde de notre patrimoine. On compte 238 métiers, dont le burnous qui est l’un de ceux qui sont en voix de disparition. Grâce à ce genre d’initiative, nous pouvons tous ensemble le récupérer et lui redonner sa valeur méritée. Nous sommes là pour prendre en charge le volet formation, production et gestion de l’entreprise», dira M. Habbas Makhlouf, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat de Tizi-Ouzou. Et d’ajouter : «Financièrement, un fond national de l’aide à l’artisanat traditionnel, matière première et métiers à tisser existent pour soutenir et encourager les jeunes artisans. Nous tenons à saluer les initiateurs de cette manifestation et nous encourageons et appelons les autres villages et communes à en faire de même pour rendre à la tenue traditionnelle sa place dans notre société». Une vingtaine d’attestations ont été délivrées aux femmes au foyer qui font ce noble métier. «L’objectif de l’organisation de cet événement est de sauvegarder ce qui fait de notre identité et empêcher la disparition de certains métiers, objets et tenues traditionnels. Les nouvelles générations ont le droit de porter le burnous, la robe kabyle qui font notre amazighité existence, force et dignité. C’est la tenue qui fait la différence», poursuivra-t-il. Pour clôture en beauté l’édition de cette année, jugée réussie grâce à la bonne organisation, un gala artistique a été organisé hier, et des attestations d’honneur ont été remises aux participants et à tous ceux qui ont contribué au bon déroulement de la manifestation.
Fatima Ameziane

