(4e partie)
La marâtre, après le départ de tout le monde aux champs, rappelle sa fille et la gave de mets que personne ne voit. Mais malgré cela elle reste toujours laide, chétive flottant dans ses habits. La marâtre est dans tous ses états. Elle a tout fait pour tuer à petit feu les deux enfants, mais elle constate, que c’est toujours le contraire qui se produit. Réfléchissant à la question, elle demande une nouvelle fois à sa fille de les espionner, et de manger de tout ce qu’ils mangent. Peut-être qu’en les imitant, elle deviendra aussi potelée qu’eux. Le lendemain matin, elle s’en va avec eux aux champs et ne rate pas le moindre de leurs gestes. Elle mange comme eux. (Thaghdiouth = Carde)Zidhlmoul = pissenlit, etc…En début d’après-midi quand les deux enfants ont faim, ils se dirigent vers le cimetière, et directement vers la tombe de leur mère. Toujours suivis par leur demi-sœur, les deux enfants mettent dans leur bouche les deux roseaux qui leur donnent du miel et du beurre. Une fois rassasiés, ils prennent le chemin du retour. Dès qu’ils s’éloignent de la tombe de leur mère, la petite fille court vers les deux roseaux pour les téter, mais en guise de miel, elle aspire du sang du premier roseau et du pus du second. Ecœurée, dégoûtée, elle vomit et court vers sa mère pour l’informer. Cette dernière furieuse comme une laie blessée, ronge son frein, durant toute la nuit. Le lendemain, après avoir établi un plan, déterra les os de la mère, des deux enfants et les brûla sur le champ. La journée même du forfait, en allant se sustenter sur la tombe de leur mère, les deux enfants la trouvent profanée, et les restes calcinés des os brûlés. Paniqués, ils se mettent à pleurer. Cette fois-ci, c’est fini, ils ne pourront rien manger. La marâtre est arrivée à ses fins. Ils se lamentent tous les deux. La seconde épouse de leur père a fini par avoir leur peau !En proie à une douleur intense, ils s’enlacent et déversent les larmes de tout leur corps. Soudain, ils entendent la voix de leur mère qui leur dit : »D’ayen our zmiragh i k’raR ouh’eth a tharouaAqlakoun moqrith thouraVaâd’eth akin i thmourth-a- Je ne peux plus rien pour vous. Allez mes enfantsVous êtes grands maintenant. Eloignez-vous de cet endroit ! »Les deux jeunes enfants sont maintenant presque adultes, ils peuvent se débrouiller dans la vie. Et, c’est ce qu’ils vont faire !Pour éviter de se faire éliminer physiquement par la marâtre, le garçon et la fille quittent définitivement le pays de leur père. Ils vont durant des jours par monts et par vaux. Pris de soif, alors que le soleil commence à décliner à l’horizon, ils se dirigent vers une source pour boire. Pour éviter de se faire dévorer par les bêtes féroces, ils montent sur un frêne (thaslemte) afin de se préparer à passer la nuit en toute sécurité. La jeune fille s’allonge sur une branche surplombant l’eau claire. A ce moment arrivé une vieille dame pour remplir son amphore. Avant de se mettre à l’ouvrage, elle saute l’eau pour voir s’il n’y a pas d’impuretés, soudain, elle aperçoit le visage de la jeune belle fille dans le reflet. Elle est étonnée de voir une telle beauté en ce lieu désert. Faisant mine de ne rien voir, elle remplit son amphore et retourne chez elle troublée. Comme elle habite à l’extérieur du palais du souverain du pays, elle demande à le voir pour lui donner une information susceptible d’éveiller son intérêt.
Lounès Benradjdal (A suivre)
