L'enjeu de la sécurité alimentaire et de la stabilité des populations

Partager

La Journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse, célébrée le 17 juin de chaque année, se fixe comme thème de l’année 2015 : « l’objectif d’une sécurité alimentaire pour tous à travers des systèmes alimentaires durables ». L’Organisation des Nations Unies, dans la fiche de présentation de cette journée, ajoute aussi la devise : « on n’a rien sans rien, investissons dans des sols vivants ». En célébrant chaque année cette journée, l’Algérie entend capitaliser et améliorer son expérience dans la lutte contre la désertification, telle qu’elle est menée depuis plusieurs années dans la zone tampon de la steppe, où se termine l’étage bioclimatique semi-aride et commence l’étage de l’aridité. Depuis le fameux barrage vert, avec son relatif succès et ses besoins de reprise et d’amélioration, jusqu’aux projets de proximité de développement rural mis en œuvre depuis le milieu des années 2000, notre pays s’est déployé sous tous les fronts sans que des résultats probants soient au rendez-vous. En effet, cette journée du 17 juin est l’occasion de se pencher sur ce phénomène de désertification qui menace notre pays. Jusqu’au début des années 1990, ce terme de désertification a correspondu au phénomène ou processus de dégradation des terres dans un espace géographique bien déterminé à savoir à partir de la limite nord de l’Atlas saharien. Le couloir des Hauts Plateaux et les derniers contreforts de l’Atlas telliens étaient effectivement les plus menacés et ce sont eux qui furent priorisés dans les actions conçues par les pouvoirs publics dès le début des années 1970. La pression pastorale ayant pesé et qui pèse toujours, sur le couvert végétal sur ces espaces steppiques difficilement renouvelables dans un contexte où la pluviométrie est parfois réduite à 150 ou 200 mm/ans, et où les écarts thermiques entre l’été et l’hiver sont les plus grands à l’échelle nationale, fait que le sol est dégarni, s’est gravement fragilisé et a perdu sa structure originelle. À la pression pastorale, s’est greffée les labours illicites, réalisés pour produire des rendements ridicules en blé. Le phénomène d’érosion est venu achever le tout, ne rencontrant aucune forme de résistance biologique ou mécanique. Ce genre de dégradation du sol, amène inéluctablement un appauvrissement général de l’écosystème et une dégradation des conditions de vie des populations locales. Suite à la difficulté de faire vivre le cheptel, première source de revenus, les ménages ont vu leur niveau de vie baisser drastiquement. Ils sont poussés souvent au nomadisme ou à un exode définitif vers les villes du Nord, phénomène accentué par la décennie du terrorisme. Néanmoins, après la fin de la décennie quatre-vingt-dix, les universitaires et les techniciens du terrain en sont arrivés à un autre constat : le phénomène de la désertification n’est plus l’ « apanage » des zones des Hauts Plateaux, menaçant de « ramper » jusqu’à la partie septentrionale du pays, la désertification se crée « in situ », dans ces zones du Nord, considérées un certain moment comme éloignées du désert et des menaces immédiates. Les incendies de forêts historiques qui ont balayé pendant plusieurs été successifs toute la partie côtière du pays et les massifs de l’intérieur, avec la disparition même de vergers fruitiers, en particulier l’olivier, ont largement anticipé le déclenchement du processus de désertification à quelques kilomètres de la mer. L’érosion hydrique qui fait des ravages sur les versants des massifs du Nord, n’est rendue possible que par la disparition de centaines de milliers de vieilles forêts, y compris des espèces nobles, économiquement précieuses, comme le chêne liège. À l’automne et en hiver, des coulées de boue glissent des versants pour couper les routes et envahir même des quartiers de certaines villes. La biodiversité représentée par le large éventail de la nomenclature de la flore et de la faune abritées par les forêts du Nord d’Algérie, est en train de se réduire en peau de chagrin. Même les milieux supposés hyper-protégés par la législation, à l’image des parcs nationaux, n’ont pas échappé à ce mouvement de descente aux enfers. L’urbanisation anarchique, les constructions illicites, les grandes infrastructures routières et ferroviaires- lorsqu’elles ne sont pas soumises à des études rigoureuses sur le plan de l’impact environnemental, ont largement contribué à amplifier le phénomène de la désertification. Le résultat des courses est la réduction inquiétante de la richesse de la biodiversité le recul des rendements agricoles, le déficit de l’offre en produits alimentaires, les risques de catastrophes naturelles, éboulements, inondations, auxquels s’exposent les infrastructures et les habitations. Le thème majeur de la sécurité alimentaire qui revient souvent en Algérie est directement lié aux capacités du pays à lutter contre la désertification. À l’échelle de la planète, on estime que, en 2014, plus de 800 millions d’individus à travers le monde n’ont pas eu accès à des aliments suffisamment nutritifs. L’ONU, dans la fiche de présentation de la Journée mondiale de la lutte contre la désertification, écrit que « lutter contre la faim suppose une approche multi-facettes, du développement économique à l’apport nutritionnel en passant par la gestion des catastrophes naturelles. Mais il reste primordial de se concentrer sur les terres. Plus de 99,7% de nos calories alimentaires proviennent de la terre. Entre la course à la productivité des terrains et l’augmentation de la population mondiale, les terres de productions agricoles vont se raréfier. Nous devons remettre en état les terres dégradées afin d’assurer la sécurité alimentaire ».

Amar Naït Messaoud

Partager