Le ministre de la Communication, Hamid Grine, entend "concevoir et formaliser" un plan de communication institutionnelle homogène.
C’est ce qu’il a déclaré avant-hier, lors de la réunion tenue avec des chargés de la communication des différents ministères et de quelques institutions publiques. Si le souci de l’homogénéité est fortement exprimé dans ce travail d’approche et de concertation, il semble que d’autres priorités, aussi sensibles, sinon plus, doivent être abordées dans un créneau relativement récent dans notre pays et qu’une certaine mentalité conservatrice et rentière, voudrait maintenir au niveau le plus bas, le « degré zéro de la communication », pour paraphraser le sémiologue Roland Barthes qui, lui, parle du « degré zéro de l’écriture ».
Les institutions publiques algériennes ne savent pas communiquer. C’est là un verdict donné parfois par les gestionnaires eux-mêmes, du moins ceux qui ont pris conscience du retard et des maladresses de communication qui ont valu à leurs entités, des mésaventures, allant de la simple lettre anonyme atterrissant sur le bureau du wali ou du ministre, jusqu’à protestation violente devant les bureaux (de la mairie, de l’hôpital, de la daïra, de l’agence Sonelgaz, de l’ADE,…). Au cœur du grand malentendu entre les citoyens et les gestionnaires des services publics, se trouve la communication. L’absence de celle-ci ou sa mauvaise utilisation sont révélatrices de deux phénomènes, qui peuvent être séparés ou combinés. Ces deux phénomènes sont l’incompétence et l’affairisme.
Les deux s’accommodent mal d’une communication réussie, transparente, dont les éléments d’information sont élaborés collégialement. Les journalistes de la presse écrite, des sites internet et des nouvelles chaînes de télévision privées sont sans doute les mieux indiqués pour rendre compte des lourdeurs, des faiblesses, des non-dits et, parfois, des absences de la communication institutionnelle. Il faut dire que cette dernière est le reflet de la gestion interne des boites publiques qu’elle entend représenter sur le plan médiatique. Elle est le reflet des luttes d’intérêt et des coups bas dont est passée championne l’administration algérienne. Pour avoir personnellement, un certain moment, été engagés dans une aventure de ce genre, il nous a été donné de voir les lignes « rouges » à ne pas franchir, les horizons fermés à ne pas sonder et l’ombre qu’il ne faut pas faire planer sur le chef. En effet, les chargés de communications sont parfois regardés comme des personnages qui, en vertu des relations qu’ils ont nouées avec le monde des médias, peuvent faire de l’ombre au responsable de l’institution qu’il représente. Pire, ces relations peuvent faucher l’assise sur laquelle repose l’aura du responsable en question.
C’est du moins la mentalité régnant dans ces boites publiques qui n’arrivent pas à s’inscrire dans la modernité. L’une des preuves qui illustrent le mieux ces retards culturels et ce conservatisme administratif, c’est la préférence donnée pour le recrutement de jeunes pré-emploi pour le poste de chargé de communication. Des centaines de structures publiques ont ainsi été représentées pendant plusieurs années par ce genre de détenteurs de postes précaires. Ils sont faciles à faire « rentrer dans les rangs », à dompter et, à l’occasion, à manipuler. Parler de la compétence dans ce genre de situation, c’est comme parler de corde dans la maison d’un pendu. Plus que du rejet, c’est de la phobie. Le ministre de la Communication se donne pour objectif la « dynamisation du rôle des cellules de communication des différents ministères dans leur contribution quotidienne à la conception et à la production de l’information institutionnelle ».
Cependant, pour que la communication institutionnelle- avec toutes ses déclinaisons touchant les différents démembrements de l’État – acquière dynamisme, compétence et rayonnement, il faudrait que les institutions représentées subissent, elles aussi, une révolution dans leur manière d’être gérées et managées. Un hôpital qui marche mal, dont la direction est laxiste dans la gestion des urgences et des permanences du week-end, aura du mal à accepter de mettre un chargé de communication compétent, loyal et porteur d’un discours franc, particulièrement lorsque surviennent des accidents professionnels ou des négligence entraînant mort d’homme. Transposée sur d’autres structures, cette image est toujours valable dans les divers domaines des services publics. Les cellules de communication dans les structures publiques ne peuvent pas se développer, s’améliorer et rendre service à la communauté si les structures, elles mêmes, qui les emploient demeurent figées dans leur tour d’ivoire bureaucratique et dans leurs archaïsmes de gestion. C’est un tout solidaire qu’il convient de traiter dans la noble ambition d’asseoir les bases de la bonne gouvernance locale.
Amar Naït Messaoud
