Les fêtes de l’Aïd sont toujours précédées de journées particulières, annonçant qu’un événement important est sur le point d’avoir lieu. Taswiqth, le marché extraordinaire qui se tient à la veille de l’Aïd El fitr ou de l’Aïd El Kebir, revêt un cachet exceptionnel dans la région de Aïn El Hammam.
Plus que la fête elle-même, cette journée, tant attendue draine en ville des centaines d’enfants qui viennent satisfaire leurs caprices au moins deux fois l’an. Les parents ne leur refusent rien ce jour-là. Jouets, habits ou friandise s’achètent par sacs entiers. Ainsi, les marchands ambulants qui se tiennent sur la grande rue, devenue piétonne pour la circonstance, investissent les moindres recoins. Près d’une centaine d’étals de fortune sont dressés sur moins d’un kilomètre. Les jouets sont étalés sur des cartons, des toiles ou à même le sol. Dans un véritable charivari, les enfants habillés de neuf vont d’un étal à l’autre, comme une nuée d’abeilles qui butine de fleur en fleur.
Ils ne savent où donner de la tête. Les objets de leur convoitise sont si diversifiés qu’ils n’arrivent pas à fixer leur choix, au grand dam des parents qui n’arrêtent pas de «négocier» avec eux, sur les prix ou le nombre de jouets à acheter. La plupart ont déjà fixé les règles auparavant : «trois jouets seulement», disait un père à son garçon qui en voulait plus. Difficile de lui faire admettre la logique des grands. Il faut dire que les vendeurs qui restent sur place jusqu’au soir ne s’embarrassent pas de monter leurs prix allant parfois du simple au double. Les cris, mêlés au son des jouets ou à l’explosion des pétards, donnent lieu à une ambiance de fête qui grise les mioches surexcités.
De jeunes garçons et filles, en bandes, non accompagnés, font leur marché tous seuls. Certains parents préfèrent laisser leur progéniture se débrouiller, se libérant ainsi de la corvée. Leur budget en poche, les chérubins apprennent dès leur jeune âge à gérer leur bien et à réfréner leurs envies. Taswiqth, ce n’est pas seulement les jouets. C’est aussi le jour où on fait «sortir» les enfants mâles, pour la première fois, pour leur faire le tour du marché généralement, dans les bras des grand-mères, ravies qu’on leur fasse cet honneur. Ce détour dans l’enceinte du marché se terminera inéluctablement chez le boucher. Jadis, on achetait une tête de veau qui allait servir de repas aux proches. Ce n’est plus le cas à présent.
Les familles se contentent de quelques kilos de viande, beaucoup moins encombrants et surtout moins chers. Les adultes viennent pour les emplettes aussi, en prévision de l’Aïd. Les achats sont différents des autres jours. On se permet des extras. De la viande, des fruits et autres friandises rempliront le couffin et videront le porte monnaie. Tant pis, «Après tout ce n’est pas toujours l’Aïd», avons-nous coutume d’entendre. Enfants et parents rentreront ensemble, les bras chargés, dans une ambiance de fête avant l’heure.
A. O. T.

