Le singe magot, espèce protégée, plus connue sous le nom de macaque berbère, fait des ravages dans les vergers en Kabylie, chapardant et détruisant les récoltes, au grand dam des paysans.
à Yakouren, Tamgout, Iboudraren, Yatafen et Ouacifs, il ne laisse rien à l’abri de sa voracité. Cette espèce de primate endémique des forêts algériennes, soi-disant en voie de disparition, est plus présente que jamais et elle le montre de façon tonitruante en s’attaquant aux vergers des montagnards, détruisant tout ce qui est à sa portée. Il arrive même à s’introduire dans des maisons pour y chaparder et casser. Les maux qu’ils causent aux biens d’autrui dépassent, à priori, l’entendement.
Pour Madjid A., qui a planté des cerisiers, des poiriers, des figuiers, des carottes, de la salade et du navet, ne sait plus à quel saint se vouer pour sauvegarder ses plantations. Pour être fixé à ce propos, nous avons rencontré M. Tabti, conservateur des forêts de la wilaya de Tizi-Ouzou, qui ne partage pas l’argument des gens se disant victimes des singes. «Cette population de primates évaluée à près de 4 800 individus occupe la partie Sud de la wilaya et elle est répartie en plusieurs troupes», dira-t-il. Cependant, pour ceux qui prétendent que ces bêtes ont été importées et lâchées dans le massif du Djurdjura, notre interlocuteur apporte le démenti le plus cinglant : «À l’instar de tous les animaux sauvages, puisque de toute évidence le magot en fait partie, il n’a pas été importé.
L’Algérie n’importe que des animaux domestiques. C’est une espèce autochtone qui a toujours existé en Algérie du nord, notamment dans le massif blidéen, le Djurdjura jusqu’aux confins des Babors. Sa prolifération est certainement due aux changements climatiques qui affectent la planète. Cependant, sa nocivité pour l’homme est d’origine humaine. En le nourrissant, on l’a d’une certaine façon invité à notre table. D’un animal sauvage, on en a fait un animal domestique. Pourtant, cette espèce qui se nourrit généralement d’herbe, de baie et d’insectes, est en train de changer ses habitudes alimentaires avec l’aide de l’homme, qui s’ingénie à lui donner de la nourriture. Alors qu’il aurait été plus raisonnable de le laisser en paix dans les lieux qu’il a choisi pour vivre depuis la nuit des temps».
En effet, notre virée à Yakouren nous a amplement renseignés sur les travers que nous cherchons, nous autres être humains, à inculquer à nos anciens cousins, en leur donnant des sucreries, du pain et même de la bière. Des queues de voitures alignées aux abords de la route, à proximité d’une source, des badauds et même des adultes distribuent de la nourriture aux troupes de singes. Qui a connu Kiki la guenon de la «Crête» ! Dans un bar champêtre sur la route de Tigzirt, on avait domestiqué enchainé et abreuvé la malheureuse bête de canettes de bière pour s’amuser et faire rire les visiteurs. M. Tabti ne cache pas son dépit face aux maux qu’on inflige à ces sympathiques singes qui n’ont rien demandé à l’homme, lequel, à travers ses dépotoirs à ciel ouvert, ses lieux d’hivernages, l’extension de ses espaces de vie, rogne de plus en plus dans les territoires consacrés par la nature aux singes.
La proximité de plus en plus réduite avec ces animaux sauvages, faut-il le répéter, induit forcément des embarras et pour l’humain et pour l’animal. Le captage des sources d’eau potable en amont est une des raisons qui causent des problèmes, en obligeant les singes à s’abreuver là où il trouve de l’eau. Et c’est aussi le cas pour bien des espèces qui voient leurs espaces naturels se réduire en peau de chagrin.
Une espèce en voie d’extinction
De taille moyenne, le macaque berbère ou magot possède un poil brun clair, ocre, fauve ou gris selon les individus et la saison, la partie ventrale est plus claire, la face est rosâtre et glabre et les membres antérieurs sont plus longs que les postérieurs. Le singe a subi de nombreuses adaptations morphologiques liées à l’environnement montagnard où il vit: froid en hiver et chaud en été dont la quasi-disparition de la queue pour éviter que l’appendice ne gèle et l’allongement de la colonne vertébrale qui lui permet de se mettre en boule, afin de maintenir sa température interne. Le mâle est plus massif et plus puissant que la femelle et présente des canines plus longues.
Le macaque berbère était jadis, largement distribué sur l’ensemble du massif de l’Atlas, et même en Europe jusqu’en Grande-Bretagne et en Irlande, mais, depuis la dernière glaciation, il ne subsiste plus qu’au Maroc et en Algérie sur des habitats, qui se réduisent comme peau de chagrin du fait de la pression humaine. Il a artificiellement été introduit à Gibraltar, où les cinq troupes recensées, composées de près de 300 individus, sont plus florissantes qu’en Afrique du Nord. Dans l’Atlas, on le trouve principalement dans les forêts de cèdres, de pins et de chênes dont il mange les fruits jusqu’à 2.200 mètres d’altitude. Le magot est un singe social et grégaire qui vit en bandes familiales à la hiérarchie matriarcale, composées d’une dizaine à une centaine d’individus.
Il est diurne et arpente un territoire de plusieurs kilomètres carrés. Il passe presque autant de temps à terre que dans les arbres et près de cinq heures dans la journée à rechercher de la nourriture. Contrairement à d’autres espèces de macaques, les magots mâles participent à l’éducation des jeunes, jouent avec eux et pratiquent le toilettage. L’épouillage est, d’ailleurs, une activité essentielle chez le primate car il contribue non seulement à l’hygiène mais au resserrement des rapports entre les divers individus composant le groupe. La plupart des mâles quittent leur groupe originel entre cinq et huit ans, et migrent vers une autre bande, lors de la saison de reproduction. Les heurts entre bandes ne sont pas rares, ce qui dénote qu’il existe une réelle compétition pour les ressources alimentaires.
En résumé cet animal tant accablé est, certes utile sur plusieurs plans tant écologiques qu’environnemental et il mérite de survivre. Arrêtons de nous ingénier à lui changer son comportement et ses habitudes naturelles en lui inculquant les nôtres. C’est un animal sauvage, il doit le rester.
S. Ait Hamouda

