Autant nos agglomérations urbaines croulent littéralement sous la pression démographique, autant notre campagne se vide graduellement de sa substance humaine.
Le village Illouguène, dans la commune d’Ighil Ali, illustre on ne peut mieux cette réalité au goût amer. Dans ce village juché sur un massif montagneux, à une quinzaine de Kms du chef-lieu communal, il n’y a pratiquement plus âme qui y vive. Un village fantôme en somme, livré à la décrépitude et à la patine du temps. Par processions successives, les villageois ont déserté leur clocher, pour aller chercher pitance ailleurs. Le démantèlement de l’économie rurale traditionnelle, articulée essentiellement sur l’agriculture et l’élevage, est passé par là. La fermeture de l’école primaire, conjuguée à l’absence d’autres infrastructures publiques de base, ont eu raison des plus récalcitrants. «Croyez-moi, c’est avec un pincement au cœur que j’ai tout plaqué au sol pour venir m’installer en ville avec ma petite famille. Mais je dois dire que j’y étais contraint et forcé», lâche sur une pointe de dépit, un ex-habitant d’Illouguène installé à Tazmalt. «Ici, je réside à un jet de pierre de mon lieu de travail et les enfants ne sont pas, non plus, éloignés de leurs lieux de scolarité», ajoute-t-il, pour expliquer sa migration. Un autre citoyen d’Illouguène établi à Akbou, souligne que ce mouvement d’exode a commencé il y a bien longtemps. «Les candidats au départ se sont faits de plus en plus nombreux et, souvent, pour ne plus y remettre les pieds sauf pour ramasser les olives», déclare-t-il, avant d’enchaîner : «il faut se rendre à l’évidence que le mode de vie et les mentalités ont radicalement changé. Aujourd’hui, personne n’a envie de vivre comme il y a 50 ou 60 ans. La plupart sont des fonctionnaires dans l’administration ou des salariés dans des entreprises ; ce genre d’opportunités n’existent pas dans la campagne». Notre interlocuteur estime qu’il ne suffit pas d’ouvrir une route, d’amener l’énergie électrique ou d’acheminer l’eau potable au village pour fixer les gens et les dissuader de s’en aller. «C’est vrai que toutes les commodités ont leur importance, mais le travail, les infrastructures de santé et d’éducation sont déterminants», affirme-t-il. En somme, quand le minimum vital vient à manquer, l’esprit de clocher, fut-il solidement vissé au corps, n’y peut pas grand-chose. Pas plus, d’ailleurs, que le calme rédempteur et l’air vivifiant de la campagne.
N. Maouche

