Dans une correspondance qui a le tort d’être datée du 1er octobre et de se présenter sous forme de mise au point aux articles de presse qui ont fait l’écho plus ou moins fidèle de la situation épidémiologique se rapportant à la Brucellose à Taghzout et à Oued El Bardi (réagit-on deux mois plus tard devant une épidémie qui s’était signalée par plusieurs cas humains, et accuse-t-on, de surcroit, la presse d’avoir fait son travail dans les conditions qui sont les siennes, c'est-à-dire en l’absence de toute volonté de communiquer de la part des responsables ?), la direction de la santé et de la population apportait donc ses propres précisions dans un courrier adressé au wali et à la cellule de communication afin que cette même presse, égratignée au passage, en prenne connaissance et répercute l’information.
Ce qu’il faut noter tout de suite, c’est que tous les cas de brucellose enregistrés ont été admis à l’hôpital de Bouira. Les journalistes qui ont écrit sur cette épidémie puisaient leurs informations de deux sources : une association d’éleveurs à Taghzout d’où est partie l’épidémie et l’hôpital Mohamed Boudiaf, où les patients étaient hospitalisés et soignés. Au 17 août, le nombre de cas enregistrés était de 18. Le premier d’entre eux a été admis le 31 juillet. C’est le docteur Gourari qui soignait les malades, qui l’avait affirmé dans un entretien paru le 19 août dans nos colonnes. La direction de la santé dans sa précision, n’arrive pas à donner la date exacte de l’apparition de la maladie dans la wilaya, elle se contente de parler de deux cas enregistrés «dans la troisième décade» à Taghzout. Elle ne mentionne pas davantage le lieu où les 28 cas (d’autres étaient arrivés après notre passage au service de médecine-hommes et au service de médecine-femmes) ont été hospitalisés. Le docteur Gourari a bien décrit les symptômes se manifestant par une forte fièvre occasionnant d’abondantes suées et des douleurs articulaires aiguës et a prescrit comme traitement de la Doxicycline et de la Ryfamicine. Ce traitement durait six semaines. Celui que le document mentionne, présente trois «shémas» : l’association de la rifampicine qui dérive de la rifamicyne et la doxyciciline ou l’oxitétracicline ; l’association dans le second schéma de la doxycicline ou de l’oxytétracicline avec la gentamicyne ; enfin dans le troisième schéma, on peut associer la rifampicine et la gentamicine au cas où il y aurait pénurie de doxycicline et de l’oxytétracicline. Si le service s’est rabattu sur le premier schéma, c’est-à-dire l’administration de la Rifamicyne et de la doxycicline, c’est parce qu’il n’avait pas l’embarras du choix. Un autre détail important a été également omis dans cette correspondance à caractère de mise au point : le second foyer où se déclarait la maladie : Oued El Bardi, où deux cas de brucellose humaine ont été recensés. Il s’agit donc d’une épidémie. Et dans ce cas, le journaliste qui s’interroge sur l’efficacité du vaccin a bien le droit de se poser la question sur sa validité. Pourquoi un vaccin manipulé dans des conditions peu propices à sa conservation ne perdrait-il pas de ses propriétés ? Quant aux 17 vétérinaires atteints par cette maladie qui se transmet du cheptel bovin à l’homme, les observations du secteur semblent aussi injustes qu’inutilement blessantes, tant à leur égard, qu’à l’égard de la presse accusée par le document de déformer et même de travestir l’information. Tirant des conclusions hâtives du fait selon lequel un seul vétérinaire du secteur public a été atteint par la maladie sur les 17 vétérinaires touchés, la correspondance attribue cet état à l’observation stricte des règles d’hygiène imposées pendant le temps demeuré en contact avec le cheptel atteint. Que la direction ne prenne-t-elle donc prétexte du nombre de ces cas enregistrés chez les vétérinaires privés pour féliciter leur vaillance de travailler souvent très tard et se lever toujours très tôt pour être sur les lieux du travail, et que n’attribue-t-elle ce défaut d’observance des mesures de précaution à la seule fatigue, au lieu de sous-entendre qu’il est dû à un manquement grave des instructions ? Ces vétérinaires, faut-il le préciser, sont de, Bouira (11 cas), Ahl Ksar, El Hachimia, Oued El Bardi, El Esnam et M’Chedallah (1 cas pour chacune de ces localités) d’après le tableau dressé à cet effet et accompagnant le courrier administratif. La date de diagnostic couvre une période allant du 7 au 28 septembre 2015. Dans sa conclusion, la correspondance souligne le caractère «endémique» de la brucellose qui se manifeste annuellement à raison de 40 cas en moyenne par an. En 2014, elle aurait touché 37 personnes. Décochant une pique pour les vétérinaires pour leur relâchement dans la «surveillance draconienne des animaux transitant par le marché et la traçabilité du cheptel», une autre pour les éleveurs qui n’observent pas parfaitement «les mesures prophylactiques spécifiques dans le cadre du contrôle de la brucellose animale», la direction de la santé et de la population rend ces derniers responsables d’un «préjudice financier» estimé à 10 000 000 de dinars. Le document refuse le mot épidémie. Le docteur Gourari, dans son entretien, n’a pas hésité une seconde sur le terme. Il s’agissait d’une épidémie. Si 49 cas ne font pas un grand chiffre et si ces cas disséminés à travers une partie de la wilaya ne répondent pas à la définition du Petit Robert, quelle autre donnée à cette situation ?
Aziz Bey

