Tout le monde l’aura remarqué tout le monde l’aura sans nul doute subi, ce soubresaut du climat qui n’en finit pas de faire des siennes. Le règne d’un soleil sans partage, d’une chaleur excessive, ponctué de loin en loin de simulacres de pluies, est devenu la règle. La wilaya de Béjaïa, et le Tell en général, s’est progressivement délesté de son climat méditerranéen, tempéré et humide, pour se retrouver sous l’emprise d’un autre chaud et aride. Les effets pervers de cette continentalisation inexorable du climat ont été potentialisés par l’action anthropique. L’équilibre des écosystèmes et la biodiversité ont pris un sacré coup. Le contenu faunistique et floristique s’appauvrit à vue d’œil. Sans doute en raison de sa valeur symbolique et de sa portée économique, le sort du figuier est celui qui retient le plus l’attention. Le rétrécissement d’année en année des parcours inspire de l’inquiétude chez leurs propriétaires, qui y voient un signe précurseur de sombres lendemains. Autre victime, le frêne, connu pour son port altier et sa rusticité. Cela n’empêche pas que des centaines de spécimens disparaissent chaque année du paysage champêtre sous les coups de boutoir de la canicule. Soumis à une sévère disette hydrique et à un échaudage prolongé le végétal meurt par dessiccation. Seules quelques zones de montagne bénéficiant d’un microclimat favorable au maintien d’une température modérée de l’air, et d’un potentiel hygrométrique suffisant, sont pour l’heure relativement épargnées. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la chenille processionnaire s’est mise elle aussi de la partie, nous signale-t-on du côté de la région d’Ath Aidel. L’insecte s’attaque au pin d’Alep dont il dévore les feuilles en formes d’aiguilles. Un processus de défoliation qui met en péril la pérennité de la pinède. Dans la vallée de la Soummam, peut-on constater, les peuplements de laurier rose colonisant à foison le lit majeur du fleuve, ont pratiquement déserté ce biotope naturel. La présence de l’arbuste est désormais confinée plus en amont, dans les cours des ruisseaux, où le substrat humide rend possible son épanouissement. Même le nec plus ultra, en l’occurrence l’olivier, est sérieusement impacté par ces conditions climatiques hostiles. Sa légendaire longévité et sa solide plasticité écologique, sont sérieusement mises à mal. «L’avenir de l’olivier n’a rien de réjouissant. Tous les signaux indiquent que la filière est promise à la disparition, à moins d’un retournement salvateur de situation, ce qui est, hélas, improbable», s’alarme un fellah de Seddouk.
N. Maouche

