Taskriout Timecheret ou Zerda organisé à la mosquée d’Acherouf du village – Aït Idris perpétue la tradition

Le village Aït-Idris dans la commune de Taskriout a organisé, vendredi passé, « Zerda » à la mosquée d’ « Achrouf ». Ailleurs, cette pratique est appelée «Timechret ». Les appellations diffèrent aux quatre coins de la Kabylie, car comme l’a chanté Aït-Menguellet, « à chacun son kabyle ».

Selon certaines croyances, ce rituel qui consiste à sacrifier des bœufs est une façon de fêter l’avènement des premières pluies annonçant l’ouverture de la saison agricole. Selon d’autres, «Zerd» ou «Timechert» est une pratique héritée des Grecs qui consistait à présenter des offrandes au Dieu de la fertilité juste avant la saison des labours pour que la terre soit fertile au maximum et qu’elle puisse donner de meilleures récoltes. Depuis quelque temps, certains imams et prédicateurs, soit disant, adeptes d’un islam authentique, ne cessent de dénigrer cette pratique et déclarent ce rite carrément Harame.

Pour la majorité des Kabyles, c’est seulement une tradition séculaire, comme tant d’autres, reçue des ancêtres et perpétuée depuis la nuit des temps. Ils refusent de la laisser s’estomper, car ils craignent qu’avec sa disparition, d’’autres coutumes chères à leurs cœurs subissent le même sort, et un peuple qui ne préserve pas sa mémoire met en péril son avenir.

Cette année, le comité d’organisation de cet événement, a réussi à rassembler une somme de 860 000 DA. «Nous avions 360 000 DA dans la caisse et nous avons emprunté 500 000 DA», nous a raconté Patachou, le chef de ce comité. En plus des habitants du village d’Aït-Idris, des gens sont venus presque de tous les villages avoisinants, en l’occurrence de Riff, Aghdir Teregregt, Aït-Tamgharth, Aït-Taissiouth, et même de la commune de Darguina. Quatre taureaux ont été achetés pour l’occasion, il y a eu même ceux qui ont offert des têtes de caprins et d’ovins comme offrandes, ou ce qui s’appelle localement «Louaada». Louaada ou la promesse est un don qui doit être obligatoirement offert au Saint (Louali) après l’exaucement d’une prière. Généralement, ce Saint est, soit enterré dans l’enceinte de cette mosquée ou que la mosquée fût construite en son honneur.

Au village, en dehors de quelques récalcitrants, tout le monde s’était impliqué et mobilisé pour la circonstance. Le vendredi passé était un jour de tiwizi. Ils étaient des centaines : des hommes et des femmes de tout âge et surtout des enfants s’étaient réunis à cette occasion. Il y avait de toutes les franges de la société : des fonctionnaires, des retraités, d’anciens émigrés, des étudiants, des femmes au foyer, des vieilles, et même les écoliers des environs étaient de la partie. «Zerd», c’est aussi un moment de retrouvailles entre les gens des différents villages, car leurs activités quotidiennes font qu’ils ne peuvent pas se voir assez souvent. C’était aussi une occasion de se promener dans un magnifique décor champêtre, loin du bruit des zones habitées. La mosquée d’ «Acherouf» se trouve à cheval entre Taskriout et Aït-Smaïl, nichée sur une hauteur surplombant les deux communes. Un endroit abandonné par les habitants depuis plus d’une centaine d’année, aucune maison n’existe actuellement dans les alentours immédiats, elle demeure le seul témoin d’une contrée, jadis, grouillante de vie.

L’ambiance était bon enfant. C’est ainsi, qu’en se promenant parmi cette foule, on pouvait entendre de tout. Des souvenirs et des débats anciens sont réanimés, de vieilles histoires relatées et des anecdotes racontées et le tout finissait avec des fous rires qu’on pouvait entendre de loin. Après que les animaux furent sacrifiés, les jeunes ont commencé à manier avec dextérité et raffinement des lames pour découper les quartiers de viande divisée en petits morceaux formant tisghar ou les quotes-parts par foyer. Quelques jeunes avaient même saisi l’occasion pour installer un gril pour vendre des sandwichs aux merguez accompagnés de boissons.

Des bénévoles se portaient volontiers sur les tâches à remplir. Les membres du comité d’organisation sont au four et au moulin. Les tâches sont partagées. Pendant ce temps-là les femmes, à l’intérieur de la mosquée étaient affairées à préparer un bon couscous garni de parts de viandes.

573 parts ont été dégagées et chaque part a coûté 1 500 DA. Selon certains, il y a des parts qui ont dépassé trois kilos : une aubaine au moment où le prix de la viande avoisine les 900 Da le kilo chez les bouchers. «Ce soir, au moins, toutes les marmites du village, celles des riches comme celles des pauvres seront pleines de viandes, et personne ne jalousera l’autre !», nous dit un des participants. Même les veuves et les orphelins ont eu droit à des parts gratuitement, «certaines personnes anonymes ont payé des parts pour ceux qui n’en pouvaient s’en offrir !», Nous dit Patachou. Après avoir avalé quelques cuillères de couscous servi à l’ancienne, c’était le moment de ramasser sa part de viande et de rentrer chez soi. Ce n’est que vers 15 heures que le lieu commença à se vider et la montagne à retrouver son calme. «Même le saint qui veille sur les alentours a intercédé en notre faveur, aucune pluie n’est venue perturber cet événement», nous avait confié le vieux Ali tout souriant. Tout le monde s’est quitté avec la promesse de faire mieux l’année prochaine et «au diable ceux qui sont contre ce que nous faisons !», Finissent par dire certains sur le chemin du retour.

Saïd M.